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Philosophie

BRICS : le mythe d’une alternative pour le Sud global

Contretemps · mis à jour il y a 5 j

Depuis la création de la Nouvelle Banque de Développement (NDB) et du Contingent Reserve Arrangement (CRA) en 2014, de nombreux observateurs présentent ces deux institutions comme les piliers d'une nouvelle architecture financière internationale susceptible de concurrencer le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, et de constituer une alternative financière portée par le « Sud global ». Plus de dix ans après leur création, il est désormais possible de confronter ces attentes à la réalité.

BRICS et FMI : même vision

Les BRICS+ (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud et dix autres pays comme l’Iran ou l’Égypte) ne remettent pas en cause le rôle central du Fonds monétaire international (FMI) dans le système financier mondial. Dans leur déclaration de juillet 2025 à Rio de Janeiro, ils affirment que le FMI doit rester « doté de ressources suffisantes » et au cœur du Réseau de sécurité financière mondiale (RSFM), un système qui soutient les pays en difficulté. Les BRICS+ soutiennent aussi la Banque mondiale, une institution financière internationale créée en 1944 pour aider les pays en développement. Pourtant, ces deux organisations sont critiquées pour leurs politiques néolibérales, comme l’imposition de réformes économiques strictes en échange de prêts, souvent au détriment des populations et de l’environnement. Les BRICS+ ne critiquent jamais ces pratiques ni les dettes imposées par le FMI ou la Banque mondiale.

Fonds monétaire des BRICS : inactif

Le Contingent Reserve Arrangement (CRA), ou Fonds monétaire des BRICS, a été créé en 2014 pour aider les pays membres en cas de crise financière, comme le fait le FMI. Avec un capital théorique de 100 milliards de dollars (dont 41 milliards pour la Chine), il devait servir de filet de sécurité. Pourtant, en 2026, ce fonds n’a toujours pas octroyé un seul crédit. Les règles du CRA prévoient que chaque pays membre peut emprunter jusqu’à un certain montant, mais ces prêts restent conditionnés par des critères stricts. En pratique, le CRA n’a jamais été utilisé, ce qui montre son inefficacité à ce jour.

Chine privilégie ses banques

La Chine, principale puissance économique des BRICS, préfère utiliser ses propres banques publiques (comme la China Development Bank ou l’Export-Import Bank of China) pour prêter à l’étranger plutôt que la Nouvelle Banque de Développement (NDB), créée par les BRICS. Entre 2016 et 2024, les banques chinoises ont prêté entre 750 et 1 100 milliards de dollars, contre seulement 30 milliards pour la NDB. Cette dernière, bien que multinationale, est donc marginalisée au profit des outils financiers chinois, qui sont plus puissants et mieux financés. La NDB, créée en 2015, a son siège à Shanghai et compte cinq pays membres fondateurs.

AIIB : la banque chinoise

La Chine a créé en 2016 une autre banque multilatérale, l’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), basée à Pékin. Avec plus de 100 pays membres (dont 23 pays européens comme la France ou l’Allemagne), l’AIIB est bien plus influente que la NDB. Son capital s’élève à 100 milliards de dollars, dont 30 % souscrits par la Chine, qui en est le principal actionnaire. Le système de vote est similaire à celui de la Banque mondiale : plus un pays contribue financièrement, plus il a de poids dans les décisions. Ainsi, la Chine peut bloquer les projets qu’elle n’approuve pas. L’AIIB a accordé environ 60 milliards de dollars de prêts depuis sa création, contre 30 milliards pour la NDB.

Conditions du FMI imposées

La Chine, en tant que grand prêteur mondial, exige que les pays emprunteurs soient en règle avec le FMI et la Banque mondiale. Cela signifie que les pays doivent appliquer les réformes imposées par ces institutions, comme la réduction des dépenses publiques ou la privatisation de services. Par exemple, un pays comme l’Éthiopie, membre des BRICS+, doit respecter les conditions du FMI pour obtenir des prêts de la Chine ou de la NDB. Cette exigence montre que les BRICS+ ne remettent pas en cause l’ordre financier mondial, mais s’y conforment pour éviter les sanctions ou les restrictions.

NDB : peu de pays aidés

La Nouvelle Banque de Développement (NDB) des BRICS a accordé des prêts à seulement quelques pays : la Russie (jusqu’en 2021), le Brésil, la Chine, l’Afrique du Sud, le Bangladesh (7 prêts pour 1,2 milliard de dollars) et l’Inde. Aucun des 25 pays les plus pauvres du monde n’a reçu de prêt de la NDB. En Afrique subsaharienne, seul l’Afrique du Sud a bénéficié de financements. Des pays comme l’Égypte ou l’Éthiopie, membres des BRICS+, n’ont pas obtenu de crédits. Cette faible portée géographique montre que la NDB ne joue pas le rôle d’alternative à la Banque mondiale, qui prête à des centaines de pays.

Pas d’alternative à SWIFT

Les BRICS+ n’ont pas créé de système de paiement international alternatif à SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication), un réseau utilisé par plus de 11 000 institutions financières dans 200 pays pour échanger des ordres de paiement. En réponse aux sanctions occidentales contre la Russie (notamment après 2014 et 2022), Moscou a développé son propre système, le SPFS, et la Chine a mis en place le CIPS (China International Payment System). Cependant, ces systèmes restent nationaux et ne remplacent pas SWIFT à l’échelle mondiale. En 2026, aucun système commun aux BRICS n’est opérationnel pour concurrencer SWIFT.

Pas de monnaie commune

Contrairement à une idée reçue, les BRICS+ n’envisagent pas de créer une monnaie commune pour remplacer le dollar. Ils ne parlent pas non plus de dé-dollarisation, c’est-à-dire de réduire l’utilisation du dollar dans les échanges internationaux. Les BRICS+ se contentent de promouvoir les paiements en monnaies nationales et l’amélioration des systèmes existants, sans remettre en cause la domination du dollar dans l’économie mondiale. Cette position montre que les BRICS+ ne cherchent pas à révolutionner le système financier international, mais à le réformer progressivement.

BRICS+ : un bloc fragile

Les BRICS+ représentent 45 % de la population mondiale, 35 % du PIB mondial (en parité de pouvoir d’achat) et 25 % des exportations mondiales. Pourtant, ce groupe n’est pas cohérent politiquement. Par exemple, les Émirats arabes unis (EAU) et l’Iran, tous deux membres des BRICS+, sont en conflit ouvert (guerres en 2025 et 2026). De plus, certains membres comme les EAU ou l’Égypte sont des alliés stratégiques des États-Unis. Cette diversité d’intérêts et d’alliances affaiblit la capacité des BRICS+ à former un bloc uni, capable de proposer une véritable alternative au système financier actuel.

Ce que ça pourrait changer

Dix ans après leur création, la *Nouvelle Banque de Développement* (NDB) et le *Contingent Reserve Arrangement* (CRA) des BRICS ne constituent pas une alternative crédible aux institutions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale). La NDB, bien que multinationale, dépend des marchés financiers internationaux et des notations des agences anglo-saxonnes. Ses prêts sont majoritairement libellés en dollars, et elle ne cible pas les pays les plus pauvres. Le CRA, inactif depuis 2014, renvoie les pays en difficulté vers le FMI dès qu’ils dépassent un certain seuil d’emprunt. Ainsi, les BRICS+ prolongent plutôt qu’ils ne transforment le système financier mondial.

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