Labrador : la compensation demandée par le PQ serait « complètement exagérée »
« Le dossier est clos depuis longtemps », affirme le premier ministre de T.-N.-L..
En 1927, le Comité judiciaire du Conseil privé de Londres a tracé la frontière entre le Québec et le Dominion de Terre-Neuve, alors territoire britannique indépendant. Cette décision historique, rendue il y a près d’un siècle, n’a jamais été acceptée par le gouvernement québécois, bien que le dossier soit considéré comme inactif depuis des décennies. Aujourd’hui, le Parti québécois (PQ) relance le débat en contestant cette frontière, notamment dans son livre bleu, un document programmatique de 524 pages publié en juin 2026. Le PQ y affirme que cette frontière représente une « injustice » et propose d’en demander une compensation financière dans le cadre des négociations avec le Canada en cas d’indépendance du Québec. Cette position est illustrée par deux cartes : l’une montrant la frontière selon le Québec, l’autre celle reconnue par Élections Canada, qui correspond au territoire revendiqué par Terre-Neuve-et-Labrador.
Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, et le député fédéral libéral du Labrador, Philip Earle, qualifient la demande de compensation du PQ de « complètement exagérée ». Selon eux, cette position vise à satisfaire une partie de l’électorat souverainiste québécois. Philip Earle précise que le Labrador fait partie intégrante du Canada et de la province de Terre-Neuve-et-Labrador, et que le dossier de la frontière est clos. Il ajoute que les promesses contenues dans un livre bleu ne se concrétisent pas toujours, en référence aux engagements passés du PQ. Cette réaction intervient dans un contexte où le gouvernement progressiste-conservateur de Tony Wakeham relance les négociations avec le Québec sur la gestion du fleuve Churchill et la centrale hydroélectrique de Churchill Falls, un dossier sensible pour les deux provinces.
Le fleuve Churchill, situé en grande partie au Labrador, est au cœur d’un projet hydroélectrique majeur. En décembre 2024, le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador avaient annoncé une entente de principe concernant la centrale de Churchill Falls et la construction d’un nouveau barrage, Gull Island. Cependant, le gouvernement actuel de Terre-Neuve-et-Labrador, dirigé par Tony Wakeham depuis octobre 2025, souhaite renégocier cet accord pour en améliorer les termes. Le député Philip Earle évoque la possibilité que les lignes de transport du futur barrage traversent le territoire contesté par le PQ, mais Tony Wakeham qualifie cette hypothèse de « spéculation » pour l’instant. Une rencontre bilatérale entre Tony Wakeham et sa homologue québécoise, Christine Fréchette, est prévue en marge du Conseil de la fédération à l’Île-du-Prince-Édouard la semaine suivant l’article, soit début juillet 2026.
Le Québec doit tenir des élections provinciales le 5 octobre 2026, ce qui ajoute une dimension politique à la relance des négociations sur Churchill Falls. Tony Wakeham indique qu’il n’a pas demandé à son équipe de négociation d’obtenir un accord final avant cette date électorale. Il précise que le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador prend son temps pour parvenir au « meilleur partenariat possible » avec le Québec, sans préciser de délai. Cette approche reflète une volonté de ne pas précipiter les discussions, tout en maintenant une pression sur les enjeux hydroélectriques, une ressource stratégique pour les deux provinces.

