Le ralentissement de ce courant océanique va-t-il engendrer une crise alimentaire mondiale sans précédent?
L'AMOC, ce gigantesque «tapis roulant» océanique qui redistribue la chaleur sur la planète, ralentit sous l'effet du réchauffement climatique. Une nouvelle étude estime qu'un fort affaiblissement pourrait faire chuter les récoltes céréalières, provoquer des pénuries régionales et faire grimper les prix alimentaires jusqu'à 40%..
L'AMOC, ou Atlantic Meridional Overturning Circulation (en français, circulation méridienne de retournement de l'Atlantique), est un gigantesque courant océanique souvent comparé à un « tapis roulant ». Il transporte la chaleur des régions tropicales vers l'hémisphère Nord, jouant un rôle clé dans la régulation du climat mondial. Ce courant fonctionne grâce à des différences de température et de salinité de l'eau : les eaux chaudes et salées de l'Atlantique tropical remontent vers le nord, où elles se refroidissent, deviennent plus denses et plongent en profondeur avant de repartir vers le sud. Ce mécanisme redistribue ainsi la chaleur et influence les conditions météorologiques et agricoles sur plusieurs continents. Aujourd'hui, l'AMOC est au plus bas depuis plus de mille ans, ayant perdu entre 10 % et 20 % de sa force en raison du réchauffement climatique.
Plusieurs études récentes confirment que l'AMOC s'affaiblit sous l'effet du changement climatique. Une nouvelle recherche publiée en 2026 estime que ce courant pourrait perdre jusqu'à 50 % de sa force d'ici la fin du siècle dans certains scénarios. Pour évaluer les conséquences de ce ralentissement, les scientifiques ont simulé 100 ans de climat avec un réchauffement de +2 °C par rapport à l'ère préindustrielle. Ils ont comparé deux scénarios : l'un avec un ralentissement progressif de l'AMOC sur 50 ans, et l'autre sans modification. Les résultats montrent des effets irréversibles à l'échelle humaine, comme un refroidissement marqué dans l'hémisphère Nord et un déplacement vers le sud de la ceinture tropicale de pluies. Ces changements pourraient perturber durablement les écosystèmes et les activités humaines.
En superposant des modèles agricoles aux simulations climatiques, les chercheurs ont évalué l'impact d'un affaiblissement de l'AMOC sur les cultures de céréales comme le blé, le maïs et le riz. Leurs résultats indiquent une baisse moyenne des rendements mondiaux de 5,3 % sur 50 ans. Cependant, cette moyenne cache des disparités régionales importantes : l'Allemagne et l'Ukraine pourraient subir une chute de 19 % de leurs récoltes céréalières, tandis que le Canada et les États-Unis verraient leurs rendements diminuer de 12 % et 3 % respectivement. Ces pertes s'expliquent par un refroidissement brutal dans ces régions, qui perturbe les cycles de croissance des plantes. Certaines années pourraient même enregistrer des pertes mondiales de 10 % ou plus, aggravant les risques de pénuries.
L'étude met en lumière des zones critiques sous pression hydrique et thermique, notamment en raison d'une réduction des précipitations. Le sous-continent indien, le Pakistan, une grande partie de la Chine, ainsi que des pays comme l'Iran, le Soudan et l'Érythrée pourraient connaître des baisses marquées des pluies. Ces régions, déjà en stress hydrique, verraient leurs ressources en eau diminuer encore davantage, menaçant la viabilité de leurs agricultures. Par ailleurs, le déplacement de la zone de convergence intertropicale (une bande de pluies intenses autour de l'équateur) aggraverait ces problèmes, augmentant les risques de sécheresses et d'échecs de récoltes dans ces zones.
Les pertes de rendements céréaliers mondiaux, combinées à une demande constante, entraîneraient mécaniquement une hausse des prix des denrées de base. Selon l'étude, les prix alimentaires pourraient augmenter de 17 % à 40 %, en fonction de la rapidité d'ajustement de l'offre, des politiques des États et de la capacité à étendre l'agriculture dans de nouvelles zones comme le Sahel africain ou le Brésil. Cette inflation toucherait tous les pays, y compris les États-Unis, où les pertes de 3 % pour le blé et le maïs domestiques pourraient avoir des répercussions sur les filières animales et transformées. Une telle hausse des prix aggraverait les inégalités d'accès à la nourriture et pourrait déclencher des tensions sociales.
Un affaiblissement majeur de l'AMOC rendrait le commerce international encore plus indispensable pour absorber les chocs régionaux. Des pays comme l'Inde, la Chine, l'Iran, la Russie, l'Ukraine ou le Canada, touchés par des pertes agricoles importantes, devraient importer davantage de céréales pour compenser leurs déficits. Cependant, des réactions protectionnistes, comme des restrictions à l'export ou des stocks massifs, pourraient amplifier les tensions sur les marchés. Les auteurs de l'étude soulignent que ces mesures, similaires à celles observées lors de la crise financière de 2008 ou de la pandémie de Covid-19, aggraveraient les pénuries et feraient grimper les prix. Ils appellent à une coordination internationale pour éviter une crise alimentaire mondiale.
Face à l'absence de « mode d'emploi » clair pour faire face à un effondrement de l'AMOC, les chercheurs plaident pour des plans d'action rapides et coordonnés. Ils estiment qu'un tel scénario serait catastrophique et nécessiterait une préparation immédiate des systèmes agricoles et des politiques publiques. Les auteurs insistent sur le fait qu'une mauvaise adaptation, comme préparer les systèmes à un réchauffement progressif puis subir un basculement climatique brutal, pourrait aggraver les pertes. Ils recommandent une approche proactive pour limiter les impacts sur la sécurité alimentaire mondiale et éviter une crise sans précédent.

