Après Elizabeth May : un duel ontarien pour la chefferie du Parti vert du Canada
Mike Morrice et Nira Dookeran s'affronteront dans un duel ontarien pour la chefferie du Parti vert du Canada..
Elizabeth May, cheffe du Parti vert du Canada depuis 2022 et à la tête du parti pendant deux décennies, quittera officiellement ses fonctions en novembre 2026. Son départ ouvre un duel pour sa succession entre deux candidats ontariens : Mike Morrice, ancien député de Kitchener-Centre, et Nira Dookeran, enseignante d'Ottawa. Ce choix de candidats est inhabituel, car les bastions électoraux traditionnels des Verts se situent surtout en Colombie-Britannique et dans les provinces de l'Atlantique. Les deux candidats doivent recruter au moins 200 nouveaux membres et collecter 15 000 $ d'ici le 30 septembre 2026 pour valider leur candidature. Le nouveau chef sera officiellement présenté le 14 novembre 2026.
Mike Morrice, ancien entrepreneur social et député défait en 2025 par seulement 358 voix, propose un discours populiste de gauche. Il met l'accent sur la lutte contre les inégalités socio-économiques et contre la classe milliardaire, qu'il accuse d'accaparer les richesses. Sa mesure phare consiste à réorienter les subventions fédérales aux compagnies pétrolières et gazières, estimées à plusieurs milliards de dollars par an, vers des initiatives sociales comme le logement abordable, les énergies renouvelables et le transport en commun gratuit ou subventionné. Il défend une économie au service des 99%, c'est-à-dire la majorité de la population, et prône une mobilisation citoyenne pour inspirer des leaders locaux capables de porter les préoccupations de leurs communautés.
Nira Dookeran, militante du parti depuis plus de dix ans et candidate à six reprises, propose une approche centrée sur la restructuration interne du Parti vert. Elle critique la centralisation du pouvoir et souhaite décentraliser les décisions en utilisant des outils technologiques pour permettre aux membres et aux associations locales de collaborer directement, sans passer par la direction nationale. Elle insiste sur le travail de proximité, notamment dans les régions où le parti a perdu de l'influence, comme Winnipeg. Son expérience d'enseignante l'amène à comparer son rôle à celui d'une personne qui éduque plutôt qu'à celui d'un héros centralisé. Elle met en avant la nécessité de rebâtir les bases militantes avant de chercher à élargir l'influence du parti.
Le Parti vert du Canada fait face à plusieurs défis majeurs. D'abord, sa présence parlementaire est réduite à une seule députée, ce qui limite son poids politique. Ensuite, le système électoral canadien, qui favorise les grands partis nationaux, rend difficile l'élection de députés verts. Enfin, le parti peine à se démarquer, car les thèmes écologistes sont partiellement repris par d'autres formations politiques. Peter Graefe, politologue interrogé dans l'article, souligne que les deux candidats parlent peu de l'urgence écologique, pourtant centrale pour attirer de nouveaux membres. Le parti doit aussi faire face à une stagnation électorale et à une difficulté à mobiliser des militants dans certaines régions, comme Winnipeg, où il n'y a plus d'activité militante.
Ni Mike Morrice ni Nira Dookeran ne siègent actuellement à la Chambre des communes, ce qui peut fragiliser la perception de viabilité électorale du parti auprès du grand public. Peter Graefe, politologue, note que cette situation n'empêche pas les candidats de bénéficier d'une visibilité médiatique, mais elle peut rendre plus difficile la crédibilité du parti comme force politique capable d'élire des députés. Le parti doit donc non seulement convaincre par ses idées, mais aussi démontrer sa capacité à transformer ces idées en résultats concrets, notamment en mobilisant des électeurs et en recrutant des militants actifs dans les circonscriptions.

