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Généraliste

Des propositions pour étirer l’argent de la lutte contre l’itinérance des femmes

Le Devoir · mis à jour il y a 6 j

Des organismes montréalais unissent leurs voix pour réclamer du financement stable et récurrent..

Crise de l'itinérance féminine

L’itinérance des femmes au Québec, et particulièrement à Montréal, est un phénomène en aggravation, selon une alliance d’organismes spécialisés. Ces derniers soulignent que les coûts associés à cette crise explosent, tout comme les besoins des femmes sans-abri. Par exemple, une étude de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) révèle qu’une personne sans logement coûte en moyenne 95 000 $ par année à l’État québécois. Cette somme inclut les dépenses liées aux hôpitaux, aux services policiers et au système judiciaire. Les organismes comme Le Chaînon, Chez Doris et La rue des femmes font face à une demande croissante, mais doivent refuser des femmes faute de ressources suffisantes. Les directions générales de 13 organismes montréalais et leurs conseils d’administration, majoritairement composés de professionnelles issues de la finance et de la gestion, tirent la sonnette d’alarme.

Financement actuel inefficace

Le mode de financement actuel des organismes d’hébergement pour femmes itinérantes repose sur le financement par projet. Cela signifie que les subventions sont accordées pour des projets spécifiques et temporaires, souvent limités dans le temps. Une fois le projet terminé, l’argent disparaît, alors que les besoins des femmes restent constants. Cette approche crée une instabilité chronique pour les organismes, qui doivent sans cesse chercher de nouveaux fonds. De plus, les employés qualifiés quittent souvent après la fin d’un projet, entraînant une perte d’expertise et des coûts supplémentaires pour former de nouveaux employés. Nadine Gelly, présidente du conseil d’administration du Y des femmes de Montréal, compare cette logique à celle du marché privé, où la rentabilité prime, mais souligne son incompatibilité avec une mission sociale et humanitaire.

Proposition de financement stable

Pour remédier à cette situation, les organismes proposent un changement radical : remplacer le financement par projet par des subventions stables, prévisibles et indexées au coût de la vie. Ces fonds seraient versés sur plusieurs années, permettant aux organismes de planifier leurs services de manière efficace et rentable. Élisabeth Deschênes, présidente du conseil d’administration du Chaînon, insiste sur le fait qu’un financement stable n’est pas un luxe, mais un choix rationnel et humain. Selon les organismes, les sommes allouées par femme hébergée ne couvrent actuellement que 40 % des coûts réels, qui incluent non seulement l’hébergement, mais aussi les interventions psychosociales et l’accompagnement. Un financement stable permettrait de couvrir ces coûts et de mieux répondre aux besoins spécifiques des femmes, souvent issues de situations de violence et accompagnées de leurs enfants.

Bénéfices d'un financement récurrent

Un financement stable et prévisible aurait des effets positifs à plusieurs niveaux. Diane Pilote, directrice générale de Chez Doris, souligne que les histoires de succès proviennent souvent de services à long terme. En offrant un logement stable aux femmes, la pression sur les hôpitaux, les services policiers et le système judiciaire diminue, ce qui réduit les coûts pour l’État. Par exemple, une personne sans-abri coûte 95 000 $ par an à la société, un montant qui pourrait être réduit si les femmes étaient mieux soutenues. Les organismes estiment que cette approche est non seulement plus humaine, mais aussi plus économique. Pauline Marois, ex-première ministre du Québec et figure d’une coalition réclamant une réponse unie à la crise, appuie cette proposition, soulignant qu’elle offre un projet concret et réalisable pour lutter contre l’itinérance féminine.

Ce que ça pourrait changer

Les organismes et leurs dirigeantes appellent les partis politiques à agir rapidement en garantissant, dès le prochain budget, un financement de base juste et récurrent pour les services d’hébergement et d’accompagnement des femmes itinérantes. Ils demandent que ces fonds soient calculés en fonction des coûts réels des services et des besoins spécifiques des femmes, et qu’ils soient indexés à l’inflation pour préserver leur valeur au fil du temps. Cette demande s’inscrit dans un contexte où les besoins explosent et où les organismes sont contraints de réduire leurs services faute de ressources. Les dirigeantes insistent sur l’urgence d’agir, car chaque jour sans solution aggrave la crise et ses conséquences pour les femmes et la société.

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