Des propositions pour étirer l’argent de la lutte contre l’itinérance des femmes
Alors que les coûts de l’itinérance explosent et que les besoins des femmes vulnérables s’intensifient, une alliance inédite d’organismes communautaires et de dirigeantes issues du monde des affaires et de la finance alerte sur l’inefficacité d’un système de financement par projet. Leur proposition, radicale dans sa simplicité, repose sur un financement stable et prévisible, seul capable de transformer durablement les services d’hébergement et d’accompagnement psychosocial. Derrière cette critique se cache une remise en question plus large des logiques de rentabilité appliquées aux missions sociales, où l’urgence humanitaire se heurte à des contraintes budgétaires chroniques.
Pourquoi les organismes d’hébergement pour femmes jugent-ils le financement actuel « désuet » ?
Le modèle actuel, basé sur des subventions par projet à durée déterminée, force les organismes à interrompre leurs services dès que les fonds s’épuisent, malgré des besoins permanents. Cette instabilité entraîne une perte d’expertise, une précarité des emplois et une impossibilité de planifier des interventions efficaces, comme le soulignent les dirigeantes et directrices générales des 13 organismes concernés.
Qui porte cette critique et quels sont leurs profils ?
Ce sont les présidentes des conseils d’administration de ces organismes — majoritairement issues des milieux de la finance, des affaires et de la gestion — qui, aux côtés des directrices générales, ont pris la parole pour dénoncer un système qui « relègue l’État des crises sociales ». Leur légitimité repose à la fois sur leur expertise managériale et leur connaissance des réalités terrain.
Quel est l’impact économique de l’itinérance, selon les données disponibles ?
Une étude de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) estime qu’une personne sans logis coûte en moyenne 95 000$ par année à l’État québécois, un coût qui inclut les dépenses en santé, services policiers et système judiciaire. Les organismes rappellent que ces dépenses pourraient être réduites par des solutions d’hébergement stable et accompagné.
Quelles solutions concrètes sont proposées pour sortir de cette crise ?
Les organismes demandent aux partis politiques de garantir un financement de base juste, récurrent, prévisible et indexé au coût de la vie, calculé sur les coûts réels des services. Ils insistent sur la nécessité d’un modèle qui reconnaisse la spécificité des besoins des femmes, souvent confrontées à l’itinérance après des situations de violence ou avec leurs enfants.
Ce que ça pourrait changer
Un financement stable et prévisible pourrait permettre aux organismes de conserver leurs équipes qualifiées, d’éviter le gaspillage lié à la formation répétée de nouveaux employés et de développer des services plus efficaces sur le long terme. À l’inverse, le maintien du statu quo risquerait d’aggraver la crise, avec une réduction des capacités d’accueil et une pression accrue sur les systèmes publics déjà saturés. Cette proposition interroge aussi la capacité des pouvoirs publics à concilier rigueur budgétaire et impératifs sociaux, dans un contexte où les inégalités se creusent.

