Partout dans le monde, un alarmant recul de l’éducation
Le recul de l’effort éducatif touche plus de la moitié des pays du monde, dont la France. L'aide publique au développement ayant aussi baissé dans ce domaine, la promesse d'une éducation universelle et de qualité est en péril..
En 2024, le nombre d’enfants et de jeunes non scolarisés dans le monde a atteint 273 millions, marquant une hausse continue depuis sept ans après quinze ans de baisse. Ce chiffre représente un jeune sur six ayant l’âge d’être scolarisé. Bien que 1,4 milliard d’enfants soient scolarisés en 2024, soit 327 millions de plus qu’en 2000, cette progression ne suffit pas à suivre la croissance démographique mondiale, notamment en Afrique subsaharienne. L’Unesco souligne que le total réel de jeunes non scolarisés pourrait être sous-estimé de 13 millions en raison du manque de données précises dans les zones de conflit. Ces conflits, comme à Gaza, au Liban ou au Burkina Faso, perturbent directement l’accès à l’éducation en détruisant des écoles ou en forçant les populations à se déplacer.
Les inégalités d’accès à l’éducation restent marquées. Les trois quarts des jeunes non scolarisés vivent en Afrique subsaharienne, en Asie centrale ou du Sud. En Afrique subsaharienne, 45 % des enfants des familles les plus pauvres et 36 % de ceux de familles pauvres ne vont pas à l’école, contre 17 % dans les milieux aisés. Les enfants ruraux sont également plus touchés : en Afrique subsaharienne, 31 % des jeunes de 12 à 14 ans en milieu rural ne sont pas scolarisés, contre 15 % en ville. Les filles adolescentes sont aussi plus souvent exclues de l’école dans certaines régions, comme en Asie de l’Ouest, où 23 % des filles contre 17 % des garçons manquent l’école. Ces inégalités sont renforcées par un sous-financement chronique de l’éducation, qui touche particulièrement les pays pauvres, les zones rurales et les familles défavorisées.
Pour garantir une éducation universelle et de qualité, l’Unesco recommande que les pays consacrent au moins 4 % de leur PIB et 15 % de leurs dépenses publiques à l’éducation. Pourtant, seulement 41 pays sur 183 respectent ces seuils. Entre 2015 et 2023, 54 % des pays ont réduit la part de leur PIB allouée à l’éducation, et 64 % ont diminué sa part dans les dépenses publiques. Dans les pays à faible revenu, la dette publique peut représenter jusqu’à quatre fois le budget de l’éducation. La France n’est pas épargnée : la part de l’éducation dans son PIB est passée de 4,8 % à 4,6 % entre 2015 et 2023, et de 8,3 % à 8 % dans les dépenses publiques. L’aide internationale à l’éducation a également reculé, avec une baisse prévue de 30 % entre 2023 et 2027, notamment en raison de la fermeture de l’agence américaine USAID en 2025, qui a entraîné l’annulation de 396 programmes éducatifs dans 58 pays et la perte de plus d’un milliard de dollars de financement annuel.
Le sous-financement de l’éducation entraîne un déficit mondial de 44 millions d’enseignants d’ici 2030, dont 15 millions en Afrique subsaharienne. Même dans les pays riches, des difficultés persistent pour recruter et retenir des enseignants qualifiés, en raison de conditions de travail et de salaires peu attractifs. En France, les lycéens dénoncent depuis septembre 2026 des postes non pourvus, des classes surchargées et la vétusté des établissements. En Europe, des étudiants se mobilisent aussi contre le sous-financement des universités, comme en Bosnie, Roumanie ou Bulgarie. En Amérique latine, des milliers d’étudiants en Argentine et au Chili ont protesté contre la réduction drastique des budgets de l’enseignement supérieur. Ces mouvements reflètent une crise plus large de la massification de l’éducation, où l’égalité des chances reste inachevée.
Les jeunes expriment un sentiment d’injustice face à des systèmes éducatifs perçus comme inéquitables. En France, le mouvement des lycéens critique Parcoursup, jugé arbitraire, tandis qu’en Inde, des millions d’adolescents contestent des examens entachés de corruption. Dans les deux cas, les jeunes dénoncent une réponse policière brutale à leurs revendications. Le politiste Gilles Verniers souligne un parallèle entre ces mobilisations et le Parti des cafards en Inde, qui lutte contre un système de sélection universitaire perçu comme injuste. Ces mouvements révèlent une défiance croissante envers les institutions éducatives et politiques, ainsi qu’un manque de dialogue entre les jeunes et les pouvoirs publics.
Pour atteindre l’objectif de développement durable (ODD) 4 des Nations unies, qui vise une éducation universelle et de qualité d’ici 2030, 79 pays à faible ou moyen revenu ont besoin de 97 milliards de dollars supplémentaires par an. Cet objectif inclut la formation d’enseignants qualifiés, la gratuité de l’école primaire et secondaire, et l’achèvement des cycles scolaires pour tous. Pourtant, les investissements publics et l’aide internationale reculent, tandis que les besoins augmentent. Sans un sursaut financier et politique, la promesse d’une éducation inclusive et équitable restera hors de portée pour des millions d’enfants et de jeunes dans le monde.

