Yoga : quand l’éveil sert à justifier la violence
Pratiqué par près de 10 millions de Français, le yoga renvoie à la quête de bien-être et d’éveil. Une enquête de trois ans menée par Elodie Emery révèle pourtant des mécanismes d’emprise, des violences sexuelles et des dérives sectaires, favorisés par l’absence de cadre de la discipline..
Près de 10 millions de Français, soit plus d’un adulte sur cinq, ont déjà pratiqué le yoga. Cette discipline, souvent associée à des exercices de respiration et à des postures comme le chien tête en bas, la montagne ou le lotus, est perçue comme une activité à la fois sportive et spirituelle. En juin 2026, la Journée mondiale du Yoga a été célébrée, illustrant l’engouement croissant pour cette pratique en France. Pourtant, derrière cette image de bien-être se cachent des dérives inquiétantes, révélées par une enquête de trois ans menée par la journaliste Élodie Emery.
Une enquête approfondie, publiée en octobre 2026, met en lumière des mécanismes d’emprise, des violences sexuelles et des dérives sectaires au sein de certaines écoles de yoga. Ces pratiques, justifiées par une quête spirituelle, touchent plusieurs établissements en France et à l’international. Les victimes rapportent des traumatismes physiques et financiers, ainsi que des agressions sexuelles perpétrées sous couvert de l’enseignement. L’enquête ne considère pas ces cas comme des faits isolés, mais comme un phénomène systémique lié à l’organisation même des écoles de yoga.
Selon Élodie Emery, les prédateurs utilisent le yoga pour justifier leurs actes violents par une argumentation spirituelle. Par exemple, dans certaines écoles comme Jivamukti, une blessure physique est présentée comme un moyen de résoudre un traumatisme passé, ou une agression sexuelle est présentée comme une voie accélérée vers l’éveil. Cette justification repose sur l’idée que la souffrance, même imposée, permettrait une progression spirituelle. Ce mécanisme crée un environnement propice aux abus, où la victime est souvent tenue responsable de sa propre souffrance.
Les dérives sectaires dans le yoga sont facilitées par l’absence de réglementation stricte et la figure centrale du gourou, un maître spirituel dont l’autorité est rarement remise en question. Ces personnalités charismatiques exploitent la confiance de leurs disciples pour imposer des pratiques abusives, allant des violences sexuelles aux manipulations financières. L’enquête souligne que le manque de cadre juridique et éthique permet à ces systèmes de perdurer, malgré les signalements répétés.
Les témoignages recueillis par Élodie Emery décrivent des situations de violences sexuelles et d’emprise psychologique dans plusieurs écoles de yoga. Les victimes, souvent en quête de sens ou de bien-être, se retrouvent piégées dans des dynamiques de prédation où la violence est normalisée au nom de la spiritualité. Les conséquences incluent des traumatismes profonds, des pertes financières et une méfiance généralisée envers les pratiques alternatives. L’enquête met en garde contre la banalisation de ces dérives, qui touchent des milliers de personnes en France et à l’étranger.
La publication de cette enquête a suscité des réactions dans le milieu du yoga et au-delà. Certains pratiquants et enseignants appellent à une régulation plus stricte des écoles, tandis que d’autres dénoncent une instrumentalisation de leur discipline. Élodie Emery, auteure du livre *La face cachée du Yoga*, souligne que ces dérives ne doivent pas discréditer l’ensemble de la pratique, mais inciter à une vigilance accrue. Elle insiste sur la nécessité de distinguer les approches bienveillantes des systèmes prédateurs, afin de protéger les pratiquants tout en préservant l’intégrité du yoga.

