Pourquoi Napoléon III a fait de l’archéologie une affaire d’État
La statue de Vercingétorix, sur le probable site d’Alésia, a été érigée à la demande de Napoléon III. Thierry Clarte/MuséoParc Alésia L’ESSENTIEL Passionné d’archéologie, Napoléon III finance sur ses propres deniers les premières grandes campagnes de fouilles consacrées aux origines gauloises et gallo-romaines de la France.
Napoléon III, empereur des Français de 1852 à 1870, se passionne très tôt pour l’histoire romaine et l’archéologie. Fasciné par Jules César et la République romaine, il finance dès 1857 des fouilles archéologiques sur ses propres deniers, sans attendre de financements publics. Son intérêt débute avec les découvertes dans la forêt de Compiègne (Oise), où il organise chaque année les Séries de Compiègne, un événement mondain et politique. Il y rencontre des personnalités influentes comme le roi du Danemark ou le tsar de Russie. Pour Napoléon III, l’archéologie n’est pas qu’une passion personnelle : elle devient un outil de légitimation de son pouvoir et de construction d’une identité nationale française, en s’appuyant sur les origines gauloises et gallo-romaines de la France.
Napoléon III utilise l’archéologie pour écrire un roman national centré sur les Gaulois, présentés comme les ancêtres des Français. En 1865, il fait ériger une statue de Vercingétorix à Alise-Sainte-Reine, site probable d’Alésia, avec une citation gravée : « La Gaule unie, formant une seule nation, animée d’un même esprit, peut défier l’Univers. » Cette démarche vise à renforcer l’unité nationale et la légitimité de son régime. L’empereur s’inspire des institutions romaines pour moderniser la France du XIXe siècle, notamment en matière de justice, de droit et d’urbanisme. Il étudie aussi les techniques militaires et artisanales gauloises et romaines pour améliorer l’armée et les objets du quotidien, dans une logique de progrès technique et social.
Entre 1859 et 1860, Napoléon III lance des fouilles archéologiques majeures sur des sites liés à la guerre des Gaules, comme Bibracte, Gergovie ou Uxellodunum. Le site d’Alésia, dont la localisation était encore débattue, est fouillé dès 1860. Pour guider ces recherches, l’empereur s’appuie sur les Commentaires de Jules César, un récit historique écrit par ce dernier. Il crée en 1858 la Commission topographique des Gaules, chargée de cartographier la Gaule avant et après la conquête romaine. Ces fouilles introduisent des méthodes plus rigoureuses en archéologie, comme l’archéologie expérimentale, où Napoléon III participe à la reconstruction et aux tests de répliques d’armes et de navires romains, comme une trirème mise à l’eau en 1861 sur la Seine.
Napoléon III contribue à structurer l’archéologie française en créant de nouvelles institutions. En 1858, il fonde la Commission topographique des Gaules, et en 1862, il impulse la création du musée gallo-romain de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), inauguré en 1867. Ce musée, innovant pour l’époque, se distingue par sa volonté de rendre les collections accessibles au public, avec des explications claires, une bibliothèque ouverte à tous et un atelier de moulage pour échanger des objets avec d’autres pays européens. L’empereur y voit un outil de diffusion des connaissances archéologiques, mais aussi un moyen de renforcer l’image de la France comme héritière de Rome. Il publie en 1865 son Histoire de Jules César, synthétisant les recherches de son équipe.
Les initiatives de Napoléon III marquent un tournant dans l’archéologie française. Elles posent les bases d’une archéologie scientifique et institutionnalisée, en systématisant les fouilles, en améliorant les méthodes de conservation et en créant des structures dédiées. L’empereur y voit aussi un moyen de légitimer son régime en s’inscrivant dans une filiation prestigieuse, à la fois romaine et gauloise. Son action influence durablement la recherche archéologique en France, avec la création d’institutions toujours actives aujourd’hui. Enfin, cette politique culturelle s’inscrit dans une vision plus large de modernisation de la France, où le passé sert de modèle pour le présent, que ce soit en matière d’urbanisme, de droit ou de technologie.

