Orthodoxie et cinéma soviétique (I)
« La religion au cinéma soviétique : un tabou » : Première de deux émissions sur le rapport entre le cinéma de l'époque soviétique et la religion.
Le cinéma soviétique, sous le régime marxiste-léniniste, était un outil au service de l'État. Le matérialisme, doctrine centrale du marxisme-léninisme, nie l'existence de dimensions spirituelles ou divines, ce qui a conduit à une persécution systématique des religions, notamment de l'Église orthodoxe russe, majoritaire en URSS. Cette religion, avec ses rites et ses symboles, était perçue comme une menace pour l'idéologie officielle. Les œuvres cinématographiques devaient donc promouvoir les valeurs athées et collectivistes du régime, tout en évitant toute référence religieuse explicite. Cependant, cette ligne a connu des ajustements selon les périodes politiques et les besoins de propagande.
Dans les années 1930, sous Staline, le régime soviétique a opéré un virage stratégique en intégrant des éléments de nationalisme russe pour renforcer l'unité du pays face aux menaces extérieures. En 1938, le film Alexandre Nevski de Sergueï Eisenstein illustre cette évolution. Ce film historique met en scène la victoire de la Russie ancienne, représentée par le prince Alexandre Nevski, contre les chevaliers teutoniques, présentés comme des envahisseurs similaires aux nazis. Bien que le film inclue des symboles religieux orthodoxes, leur utilisation était strictement encadrée pour servir un récit patriotique et non spirituel. Initialement retiré en 1939 en raison du pacte germano-soviétique, il a été réhabilité en 1941 pour mobiliser la population contre l'Allemagne nazie, devenant un classique du cinéma soviétique.
En 1943, face à l'avancée allemande et à la nécessité de mobiliser toutes les forces du pays, Staline a temporairement assoupli sa politique antireligieuse. Cette année-là, il a rencontré les derniers hauts dignitaires de l'Église orthodoxe russe et leur a accordé des concessions majeures : la réouverture de séminaires, de monastères et d'églises, ainsi que l'élection d'un nouveau patriarche. Cette période, appelée le « concordat stalinien », marquait une alliance tactique entre le régime et l'Église pour des raisons politiques et sociales. Cependant, cette ouverture était limitée et contrôlée, car le régime restait fondamentalement athée.
En 1945, le film Ivan le Terrible de Sergueï Eisenstein, sorti en deux parties (1945 et 1958), marque un tournant en intégrant des séquences religieuses dans son récit. Le film dépeint le tsar Ivan IV comme un souverain tyrannique mais visionnaire, et inclut des scènes de couronnement, de processions religieuses et de chants liturgiques. Cependant, la foi et les symboles religieux y sont présentés sous un contrôle strict : ils servent avant tout à illustrer le pouvoir et la grandeur de l'État russe, et non à promouvoir une spiritualité. Cette approche reflète la tension entre les besoins artistiques d'Eisenstein et les contraintes idéologiques du régime soviétique.
La période de *Nikita Khrouchtchev*, connue sous le nom de *« Dégel »* pour son assouplissement dans certains domaines, a en réalité été marquée par une *offensive antireligieuse virulente* dans le champ religieux. Contrairement à l'ouverture limitée des années 1940, les années 1950 et 1960 ont vu une reprise des persécutions contre les religions, y compris l'*Église orthodoxe*. Les églises étaient fermées, les croyants surveillés, et les pratiques religieuses découragées. Cette politique s'inscrivait dans la continuité de l'idéologie marxiste-léniniste, qui considérait la religion comme un obstacle au progrès social et à l'émancipation des masses.

