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Géopolitique

L’IA a gagné les marchés, mais elle est en train de perdre l’opinion mondiale

Le Grand Continent · mis à jour il y a 22 j

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Adoption massive vs perception

L’intelligence artificielle (IA) est aujourd’hui massivement adoptée par le public et les professionnels. Selon une étude menée en 2026 dans sept pays (France, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni, États-Unis, Canada, Japon), 71 % des adultes déclarent avoir utilisé au moins un outil d’IA au cours des six derniers mois. Parmi ces utilisateurs, 92 % s’en servent comme alternative aux moteurs de recherche pour s’informer, 61 % l’utilisent dans un cadre professionnel et 48 % (dont deux tiers des jeunes adultes) y recourent pour un soutien émotionnel ou relationnel. Pourtant, malgré cette adoption croissante, l’IA reste la technologie la moins bien perçue : seulement 18 % des répondants lui attribuent une opinion positive, contre 78 % pour les moteurs de recherche et 74 % pour les smartphones. Les réseaux sociaux, souvent critiqués, obtiennent un score de 35 % d’opinions positives. Cette contradiction entre usage et perception s’explique en partie par les craintes liées aux risques de perte de contrôle humain sur les systèmes, un enjeu central du débat actuel.

Clivages politiques et générationnels

Le débat sur l’IA se politise et révèle des clivages marqués, notamment aux États-Unis. Les républicains y affichent une opinion plus favorable à l’IA (+44 % de solde net) que les démocrates (+26 %). Cependant, le facteur le plus déterminant n’est pas l’orientation politique, mais la participation électorale : les abstentionnistes sont nettement moins enthousiastes. À l’échelle mondiale, les jeunes adultes, les personnes aux revenus élevés et celles dotées de compétences numériques solides sont les plus favorables à l’IA, tout comme les utilisateurs actuels. Cette tendance suggère que l’image de l’IA pourrait s’améliorer avec son adoption croissante, mais aussi se dégrader si son déploiement affecte négativement ses principaux soutiens. Les experts interrogés soulignent que la perception de l’IA reste fluide et que la perte de confiance n’est pas irrémédiable.

Inquiétudes des décideurs

Les responsables politiques et les experts expriment une inquiétude croissante face aux risques posés par l’IA, en particulier la perte de contrôle humain sur les systèmes. Cette préoccupation s’est intensifiée au cours des six derniers mois, avec des différences notables entre les pays. Aux États-Unis, la méfiance est marquée, tandis qu’au Japon, les experts affichent une vision plus confiante dans la capacité du gouvernement à réguler la technologie de manière pragmatique. Les écarts se creusent également entre les acteurs politiques, qui privilégient les risques, et les industriels, qui mettent en avant les gains de productivité et les opportunités commerciales. Plusieurs experts européens estiment que le problème ne réside pas dans la technologie elle-même, mais dans la réputation des entreprises du secteur, leurs stratégies de communication et les profils de leurs dirigeants.

Course USA-Chine contestée

La rivalité entre les États-Unis et la Chine pour dominer le secteur de l’IA est perçue comme potentiellement néfaste par une majorité de l’opinion publique. Selon l’étude, 64 % des répondants aux États-Unis estiment que leur pays « devrait ralentir et établir la norme mondiale en matière d’IA sûre et responsable », tandis que 38 % pensent qu’il « doit mener le monde dans le développement de l’IA, même si cela implique d’accepter certains risques ». Dans les autres pays étudiés, 64 % privilégient également une approche responsable plutôt qu’une course à la compétitivité. Une majorité juge même que la compétition entre les deux superpuissances sera finalement néfaste pour le monde, quel qu’en soit le vainqueur : 54 % aux États-Unis et 52 % dans les autres pays. Certains experts américains refusent d’utiliser la rivalité avec la Chine comme prétexte pour freiner les mesures de sécurité.

Souveraineté IA : soutien mitigé

Les politiques de souveraineté en matière d’IA, visant à réduire les dépendances étrangères, bénéficient d’un soutien large mais pragmatique. Selon l’étude, 76 % des personnes interrogées jugent la souveraineté en matière d’IA importante, voire très importante. En Europe, au Canada et au Japon, 62 % estiment que leur pays doit réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine et des États-Unis. Cependant, ce soutien ne s’accompagne pas d’une confiance dans l’efficacité de ces politiques. En Europe, au Canada et au Japon, les experts interrogés se montrent sceptiques quant à la capacité de leurs pays à rivaliser avec les deux superpuissances en matière de modèles avancés d’IA. Certains responsables japonais contestent même la nécessité de concurrencer au niveau des modèles, prônant une stratégie ciblée sur des segments spécifiques de la chaîne de valeur.

Régulation : besoin consensus

La régulation de l’IA est désormais à l’ordre du jour dans sept pays étudiés, mais il n’existe aucun consensus sur son principe ou ses modalités. Cette fragmentation réglementaire risque de s’aggraver. En Europe, certains experts estiment que les réglementations existantes suffisent et qu’il faut simplement les appliquer, tandis que les États-Unis et le Royaume-Uni, dépourvus de cadre national, jugent désormais nécessaire l’adoption d’une législation spécifique. L’opinion publique rejette clairement l’autorégulation par l’industrie : seulement 7 % des répondants y sont favorables. La solution la plus soutenue consiste à soumettre les nouveaux modèles à une autorisation gouvernementale assortie de tests indépendants. Concernant la protection des enfants, une majorité soutient l’interdiction pour les moins de 16 ans d’utiliser des chatbots et générateurs d’images basés sur l’IA, bien que certains doutent de la faisabilité de cette mesure.

Ce que ça pourrait changer

Le manque de confiance dans le secteur de l’IA est un fil conducteur des propositions visant à améliorer son image. Les experts suggèrent des procédures de certification, des dispositifs de transparence, des codes de conduite opposables, ou encore la mise en avant des bénéfices concrets de l’IA, notamment dans les domaines scientifique et médical. Les politiques d’entreprise limitant le recours à l’IA ou encadrant la mise sur le marché des modèles sont également saluées. Cependant, l’opinion publique reste pragmatique : 80 % des répondants reconnaissent les bénéfices de l’IA, mais seulement 20 % y sont hostiles. Les cas d’usage du quotidien (prise de rendez-vous, gestion des finances, conseils) sont cités avant les arguments macroéconomiques. Un exemple révélateur de ce déficit de compréhension : en France, 57 % des répondants déclarent ne pas savoir ce qu’est un *data center* (centre de données), un élément clé de l’infrastructure numérique.

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