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Généraliste

Quand la densification menace l’âme des villages

Le Devoir · mis à jour il y a 7 j

Les municipalités réclament des assouplissements aux règles d’urbanisme encadrant le développement du périmètre urbain..

Densification imposée

Depuis 2024, le gouvernement du Québec impose aux municipalités une densification de leur cadre bâti, c’est-à-dire une augmentation de la concentration de logements dans les zones déjà urbanisées. Cette politique s’inscrit dans la Politique nationale de l’architecture et de l’aménagement du territoire et vise à limiter l’étalement urbain, un phénomène où les villes s’étendent sur des terres agricoles ou forestières pour construire de nouveaux quartiers. L’objectif est de rapprocher les logements des commerces et services, afin de réduire les déplacements en voiture et de favoriser les transports en commun. Par exemple, Saint-Sauveur, une municipalité touristique des Laurentides, doit désormais ajouter des bâtiments dans son centre-ville pour respecter ces nouvelles règles. Le gouvernement Legault a imposé cette densification pour répondre à deux enjeux majeurs : le manque de logements abordables et le coût élevé des infrastructures liées à l’étalement urbain.

Réactions des citoyens

Le projet de construction de 26 logements locatifs sur quatre étages à Saint-Sauveur a provoqué une forte opposition parmi les habitants. Près de 500 citoyens se sont déplacés lors d’une séance d’information pour manifester leur mécontentement, provoquant même des tensions. Les résidents craignent que ce type de projet ne dénature l’identité de leur village, qu’ils décrivent comme paisible et touristique. Danny Stewart, un agent immobilier local, a résumé leur inquiétude en déclarant que Saint-Sauveur risquait de devenir une ville comme Saint-Jérôme ou Mirabel, où les grands immeubles dominent le paysage. Les citoyens reconnaissent cependant la nécessité de construire plus de logements, mais souhaitent que cette densification se fasse de manière respectueuse de l’âme du village. Face à cette mobilisation, le maire de Saint-Sauveur a annulé le processus de consultation sur ce projet.

Enjeux économiques

La densification est présentée comme une solution pour réduire les coûts publics liés à l’étalement urbain. En effet, construire de nouveaux quartiers en périphérie nécessite des investissements massifs pour aménager des rues, des égouts et des réseaux d’aqueduc. Par exemple, le maire de Saint-Sauveur, Luc Martel, souligne que sa municipalité doit moderniser son système de traitement des eaux usées pour respecter les normes environnementales, une facture qui effraie les élus. La densification permet également d’augmenter les revenus fiscaux des municipalités grâce aux taxes foncières des nouveaux résidents, ce qui aide à financer ces infrastructures. Cependant, les citoyens craignent que ces projets ne fassent exploser leurs propres taxes locales. À Saint-Donat, le maire Joé Deslauriers explique que sans densification, les taxes pourraient augmenter de manière insoutenable pour les habitants.

Demandes de flexibilité

L’Union des municipalités du Québec (UMQ), qui représente les élus locaux, demande au gouvernement de revoir les Orientations gouvernementales en aménagement du territoire (OGAT) mises en place en 2024. Ces orientations fixent des cibles de densification par région ou par MRC (Municipalité régionale de comté), mais les maires estiment qu’elles manquent de flexibilité. Guillaume Tremblay, président de l’UMQ et maire de Mascouche, explique que les réalités locales varient d’une municipalité à l’autre et que les OGAT ne permettent pas toujours d’adapter les projets aux besoins spécifiques des territoires. Par exemple, à Saint-Donat, les nouvelles règles freinent la construction de maisons unifamiliales en périphérie, alors que c’est ce que souhaitent les habitants. Les maires demandent donc plus d’autonomie pour décider des projets de densification dans leur municipalité.

Positions des partis politiques

Lors de la campagne électorale de 2026, les principaux partis politiques du Québec ont pris position sur la question de la densification. La Coalition avenir Québec (CAQ) a annoncé qu’elle rencontrerait les milieux municipaux pour discuter des OGAT et des préoccupations des élus locaux. Le parti Québec solidaire (QS) se dit favorable à la densification, mais prône une approche plus douce, comme la construction d’annexes ou de maisons d’arrière-cour. QS propose également de décentraliser les pouvoirs vers les régions pour mieux adapter les projets aux réalités locales. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) insistent aussi sur la nécessité de donner plus de souplesse aux municipalités. Le PLQ a déclaré vouloir écouter les acteurs municipaux et leur offrir la flexibilité nécessaire pour appliquer les OGAT. Le Parti québécois n’a pas encore répondu aux questions du Devoir sur ce sujet.

Ce que ça pourrait changer

Les effets de la densification varient selon les municipalités. À Sainte-Adèle, dans les Laurentides, la construction d’immeubles de quatre étages suscite des débats houleux parmi les habitants, qui ne souhaitent pas voir leur village transformé en une ville dense. En revanche, à Saint-Donat, en Lanaudière, la densification se fait de manière plus mesurée. La municipalité, qui compte près de 5 000 habitants, a déjà construit ou est en train de construire 91 habitations, dont une majorité de logements sociaux ou abordables. Le maire Joé Deslauriers souligne que cette approche permet de préserver l’identité du village tout en répondant aux besoins en logements. Il rappelle que sans densification, les municipalités risquent de faire face à un déficit d’entretien de leurs infrastructures, ce qui pourrait entraîner une hausse des taxes pour les citoyens.

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