NapseflowNapseflow
Généraliste

Hausse des voyages de Canadiens aux États-Unis comparativement à l’année dernière

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 23 j

Le mouvement canadien contre la guerre commerciale se fait tout de même bien sentir aux États-Unis..

Hausse légère en juin

En juin 2025, le nombre de Canadiens rentrant des États-Unis a augmenté de 3,2 % par rapport à juin 2024, selon les données de Statistique Canada. Cette hausse marque le troisième mois consécutif de croissance après des augmentations de 9,5 % en mai et 1,4 % en avril. Cependant, cette progression reste modeste et ne compense pas la forte baisse enregistrée depuis deux ans. Par exemple, le trafic en voiture a progressé de 5,2 %, tandis que le retour par avion a reculé de 3,8 %. Malgré cette tendance, les voyages transfrontaliers restent bien en dessous des niveaux d’avant 2024, où les tensions commerciales et les menaces d’annexion sous l’administration Trump avaient poussé de nombreux Canadiens à annuler leurs projets. En juin 2025, le nombre de retours était encore inférieur de 28,7 % à celui de juin 2023, avant ces perturbations.

Mouvement Elbows Up

Le terme Elbows Up (littéralement « Jouer du coude ») est un mantra issu du hockey, devenu un symbole de résistance contre la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis. Ce mouvement encourage les Canadiens à réduire leurs voyages aux États-Unis pour protester contre les politiques commerciales américaines, notamment sous l’administration de Donald Trump. Wayne Smith, professeur à l’Université métropolitaine de Toronto, explique que la légère hausse actuelle des voyages ne signifie pas la fin de ce mouvement, mais plutôt une forme de nouvelle normalité. Selon lui, le nombre de Canadiens se rendant aux États-Unis reste structurellement plus faible depuis un an et demi, reflétant une méfiance persistante malgré quelques signes de reprise.

Impact local à la frontière

Kristy Kennedy, vice-présidente du marketing à la Chambre de commerce du North Country (État de New York, près de la frontière québécoise), confirme une légère amélioration des échanges transfrontaliers. Elle note une augmentation des voyages canadiens dans sa région, avec plus de francophones visibles dans l’espace public, un phénomène moins fréquent en 2024. La Chambre de commerce mène depuis un an une campagne pour rétablir les liens entre les deux pays, soulignant que la reprise prendra du temps. Elle évoque une campagne publicitaire mettant en avant des avantages financiers, comme des réductions ou des taux de change avantageux, pour attirer les voyageurs canadiens.

Facteurs économiques et sportifs

Amir Eylon, PDG de Longwoods International, un cabinet de conseil en voyages, attribue la hausse des voyages à plusieurs facteurs. D’abord, la flambée du prix du kérosène a rendu les vols plus chers, poussant certains Canadiens à privilégier la voiture pour se rendre aux États-Unis plutôt qu’en Europe. Ensuite, la Coupe du monde de la FIFA 2026, coorganisée par le Canada, les États-Unis et le Mexique, a pu inciter des supporters canadiens à traverser la frontière pour assister aux matchs. Enfin, les campagnes promotionnelles offrant des réductions (comme 15 % de rabais ou des taux de change avantageux) ont pu séduire les voyageurs à la recherche d’économies.

Défis pour le tourisme américain

Malgré la légère hausse, Wayne Smith, professeur à l’Université métropolitaine de Toronto, estime que cette tendance ne suffira pas à relancer significativement le tourisme américain. Il souligne que les voyageurs les plus dépensiers arrivent généralement par avion, or le trafic aérien des Canadiens a baissé chaque mois depuis trois mois. De plus, une partie de ces voyages pourrait être liée à des déplacements professionnels, moins lucratifs pour l’économie touristique que les séjours de loisirs. Enfin, le faible dollar canadien et les habitudes de voyage modifiées rendent la reconquête des touristes canadiens difficile. Selon Smith, ces chiffres restent préoccupants pour les acteurs américains du secteur.

Ce que ça pourrait changer

Amir Eylon, du cabinet Longwoods International, adopte un ton plus optimiste en soulignant que trois mois consécutifs de croissance, même modestes, constituent une tendance positive. Il précise cependant qu’il est trop tôt pour conclure à un retournement durable. Les acteurs du secteur touristique américain restent donc prudents, espérant que cette reprise s’amplifie avec le temps. Kristy Kennedy, de la Chambre de commerce du *North Country*, partage cet optimisme, tout en reconnaissant que la restauration des relations entre les deux pays demandera des efforts prolongés. Les données actuelles ne permettent pas encore de prédire une reprise complète du tourisme transfrontalier.

Sujets complémentaires