L’ONU appelle à faire face à la « réalité » du réchauffement au-delà de 1, 5 °C
C'est la première fois que l’on envisage de limiter les dégâts une fois l’objectif climatique dépassé..
En septembre 2026, l'Organisation des Nations unies (ONU) a confirmé que la planète dépassera probablement le seuil de réchauffement climatique de +1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle (1850-1900), un objectif fixé en 2015 par près de 200 pays dans l'Accord de Paris. Ce seuil symbolique, considéré comme le maximum pour éviter les conséquences les plus graves du changement climatique, ne sera pas atteint malgré les engagements internationaux. Le Programme des Nations unies pour l'environnement (UNEP), une agence de l'ONU, a publié un rapport inédit expliquant comment gérer cette nouvelle réalité. En 2025, le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, avait déjà admis que ce dépassement était inévitable. Aujourd'hui, l'enjeu n'est plus d'éviter ce seuil, mais de limiter la durée et l'intensité de la période où la température moyenne mondiale restera au-dessus de 1,5°C.
Un réchauffement supérieur à +1,5°C expose la planète à des risques majeurs, selon les scientifiques. La Terre s'est déjà réchauffée de 1,4°C depuis l'ère préindustrielle, principalement à cause de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz). Les trois dernières années (2023, 2024, 2025) ont été les plus chaudes jamais enregistrées. Au-delà de 1,5°C, les phénomènes météorologiques extrêmes (canicules, inondations, feux de forêt) deviennent plus fréquents et intenses. Le rapport de l'UNEP souligne aussi un risque accru de points de basculement, comme la fonte accélérée des calottes glaciaires du Groenland ou de l'Antarctique, qui pourraient entraîner une élévation irréversible du niveau des mers. Ces changements menacent directement des régions comme les îles du Pacifique (Tuvalu, îles Marshall), où la montée des eaux pourrait rendre certaines zones inhabitables.
Face à ce constat, l'ONU insiste sur la nécessité de repenser la gouvernance climatique pour gérer le dépassement du seuil de 1,5°C. Les auteurs du rapport, comme Richard Betts (université d'Exeter) ou Debra Roberts, soulignent que les plans actuels des États ne sont pas conçus pour faire face à cette situation. La directrice exécutive de l'UNEP, Inger Andersen, a déclaré que l'adaptation au changement climatique – c'est-à-dire les mesures pour protéger les populations et les écosystèmes des effets déjà inévitables du réchauffement – sera indispensable. Cependant, elle a aussi mis en garde : il n'y aura « aucune issue favorable » si la température moyenne mondiale reste durablement au-dessus de 1,5°C. Les pays vulnérables, comme Tuvalu ou les îles Marshall, ont réagi avec consternation, dénonçant une injustice climatique : leurs coûts d'adaptation sont disproportionnés par rapport à leur responsabilité historique dans les émissions de gaz à effet de serre.
Pour limiter les dégâts, le rapport de l'UNEP propose deux leviers principaux. Le premier est une réduction profonde et rapide des émissions de gaz à effet de serre, notamment en abandonnant progressivement les énergies fossiles. Le second est le piégeage du dioxyde de carbone (CO₂), un processus qui consiste à extraire le CO₂ présent dans l'atmosphère et à le stocker durablement, par exemple dans le sol ou sous forme minérale. Aujourd'hui, cette technologie ne joue qu'un rôle marginal dans la lutte contre le changement climatique. Cependant, les auteurs du rapport estiment qu'elle pourrait devenir essentielle pour compenser les émissions résiduelles, une fois que les énergies fossiles auront été largement remplacées. Lili Fuhr, du Centre pour le droit international de l'environnement (CIEL), critique les solutions technologiques « spéculatives » qui retardent l'action immédiate de réduction des émissions. Elle rappelle que la seule façon de minimiser les dégâts est d'agir dès maintenant.
La publication du rapport de l'UNEP a provoqué des réactions contrastées. Jasper Inventor, de Greenpeace International, a qualifié le dépassement de 1,5°C de « moment déchirant », mais a appelé à ne pas abandonner l'objectif initial. Rachel Cleetus, de l'Union of Concerned Scientists, a dénoncé un « échec climatique » et une **injustice climatique monumentale**, soulignant que les pays les plus pauvres paient le prix fort pour un problème qu'ils n'ont pas créé. Du côté des États vulnérables, Maina Talia (ministre du Climat de Tuvalu) et Tina Stege (envoyée spéciale des îles Marshall) ont alerté sur les coûts exorbitants et les menaces existentielles que représente la montée des eaux pour leurs territoires. António Guterres, secrétaire général de l'ONU, a réaffirmé que la lutte pour limiter le réchauffement à 1,5°C était « la lutte pour l'humanité », tout en reconnaissant que l'objectif était désormais hors de portée sans une action radicale et coordonnée.

