Au cœur du dispositif pénal des mineurs : rencontre avec le Directeur de la Protection Judiciaire de la Jeunesse.
La Direction de la Protection Judiciaire de la Jeunesse est un service du ministère de la Justice en charge de la justice des mineurs ; un sujet très médiatique - souvent polémique - pour une direction qui œuvre, elle, plutôt dans l'ombre et ne se met pas souvent sur le devant de la scène. Pourtant la PJJ prend en charge 80 0000 jeunes mineurs chaque année, compte environ 1 500 structures de placement et de milieu ouvert, et près de 10 000 agents (dont la moitié sont des éducateurs).
La Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) est un service du ministère de la Justice français qui intervient auprès des mineurs et jeunes majeurs (jusqu’à 21 ans) concernés par une décision de justice. Son action se divise en deux grands domaines. Au pénal, elle accompagne les mineurs ayant commis une infraction en mettant en œuvre les mesures ordonnées par les magistrats, avec pour objectif principal leur insertion sociale, scolaire et professionnelle afin de réduire la récidive. Elle suit environ 80 000 jeunes chaque année, un chiffre stable depuis dix ans. Au civil, elle intervient dans la protection de l’enfance, en évaluant et en suivant les situations d’enfants en danger, via des mesures judiciaires d’investigation éducative (MJIE) ordonnées par des juges des enfants. En 2025, la PJJ a accompagné 139 186 mineurs, dont 40 % uniquement pour la protection de l’enfance. Ce travail est assuré par près de 10 000 professionnels internes (éducateurs, psychologues, infirmiers, etc.) et 2 500 professionnels du secteur associatif habilité.
Le directeur de la PJJ, Thomas Lesueur, met en avant trois priorités fixées par le garde des Sceaux en août 2025. La première est de renforcer la lutte contre la criminalité organisée, notamment l’implication croissante des mineurs dans des réseaux de narcotrafic, traite des êtres humains ou prostitution. Ces jeunes, souvent vulnérables, nécessitent une prise en charge spécifique. La deuxième priorité est d’améliorer les méthodes éducatives pour lutter contre la délinquance juvénile, en adaptant les dispositifs aux besoins actuels des jeunes et en évaluant régulièrement leur efficacité. Enfin, la troisième priorité est de consolider le rôle de la PJJ dans la protection de l’enfance, en renforçant les liens avec les départements et le secteur associatif. Cette mission, trop longtemps négligée, est cruciale car ses défaillances peuvent favoriser la délinquance. La PJJ intervient dans 80 % des mesures de protection de l’enfance et travaille à un accompagnement accru des départements, notamment via le contrôle des établissements et la formation des professionnels.
La PJJ ne travaille jamais de manière isolée : elle s’articule avec plusieurs services du ministère de la Justice et d’autres institutions. Avec les magistrats de la jeunesse (juges des enfants, juges d’instruction, parquets mineurs), elle fournit une expertise sociale et éducative pour aider à la décision, notamment via les mesures judiciaires d’investigation éducative (MJIE), qui analysent en profondeur la situation du jeune et de sa famille. Avec l’administration pénitentiaire, elle organise la vie quotidienne des mineurs incarcérés et prépare leur sortie. Son école, l’École Nationale de Protection Judiciaire de la Jeunesse (ENPJJ) à Roubaix, forme non seulement ses propres professionnels, mais aussi des magistrats, surveillants, avocats et travailleurs sociaux. Enfin, pour les réformes législatives (comme celle sur la protection de l’enfance ou le placement pénal), la PJJ collabore étroitement avec les autres directions du ministère compétentes.
Depuis le 1er septembre 2025, la PJJ a mis en place une réforme majeure du placement pénal des mineurs, remplaçant les centres éducatifs fermés (CEF) et les unités éducatives d’hébergement collectif (UEHC) par 85 unités judiciaires à priorité éducative (UJPE). Cette réforme répond à un constat partagé : après vingt ans d’existence, la distinction entre CEF et UEHC ne correspondait plus aux profils des jeunes accueillis, mais plutôt à des logiques territoriales ou de disponibilité de places. Les UJPE offrent un cadre plus flexible, où le magistrat fixe le niveau d’encadrement en fonction des besoins du jeune. Chaque UJPE dispose désormais d’un professeur technique et d’un infirmier à temps plein, et peut développer des orientations spécifiques (santé mentale, addictions, préparation à la majorité, etc.). D’ici 2028, 123 UJPE seront déployées sur tout le territoire, incluant les CEF du secteur associatif. Un bilan sera réalisé en 2029 pour évaluer l’impact sur la récidive, la stabilité des parcours et l’insertion. La réforme vise aussi à améliorer la continuité des parcours avant, pendant et après le placement, notamment lors du passage à la majorité, une période de grande fragilité.
La PJJ prévoit plusieurs évolutions pour renforcer son action. D’abord, elle souhaite améliorer l’accompagnement en *milieu ouvert* (suivi des jeunes sans placement), avec l’ouverture de 150 postes supplémentaires en 2026, principalement des éducateurs, pour réduire les délais de prise en charge et renforcer l’action éducative. Ensuite, elle finalisera en 2026 un *cahier des charges* pour les *unités éducatives de milieu ouvert* (**UEMO**), afin de sécuriser la prise en charge, réduire les mesures en attente dans les secteurs les plus tendus et améliorer la qualité de l’accompagnement. Enfin, la PJJ travaille à rendre ses métiers d’hébergement plus attractifs, car ils sont essentiels mais exigeants. Ces réformes s’inscrivent dans une logique d’adaptation constante aux besoins des jeunes et des magistrats, tout en garantissant une prise en charge de qualité.

