Pékin reconnaît un “décalage” entre la croissance et sa perception par la population
Entre une croissance qui se maintient officiellement à 5 % d’une part et la dégradation du marché de l’emploi combinée à la stagnation de la consommation de l’autre, la revue du Parti communiste “Qiushi” reconnaît l’existence d’un “écart de température” – une expression qui avait pourtant été censurée quelques mois plus tôt. Le signe d’un profond dilemme pour Pékin..
La Chine affiche officiellement une croissance économique de 5 % en 2026, un taux considéré comme élevé pour une économie de cette taille. Ce chiffre, publié par les autorités chinoises, sert à démontrer la résilience du pays face aux défis économiques mondiaux. Cependant, ce taux contraste fortement avec la réalité vécue par les citoyens, notamment en raison de son mode de calcul qui peut inclure des secteurs moins visibles comme les investissements publics ou les activités des entreprises d'État. Pour contextualiser, 5 % de croissance annuelle signifie que l'économie chinoise produit environ 200 milliards d'euros de richesse supplémentaire chaque année, mais cette richesse ne se traduit pas toujours par une amélioration du quotidien des ménages.
Malgré les chiffres officiels, la population chinoise perçoit une dégradation de ses conditions de vie. Plusieurs indicateurs illustrent ce mécontentement : le marché de l'emploi se dégrade avec un taux de chômage en hausse, la consommation stagne et les revenus baissent. Par exemple, le journal hongkongais Ming Pao souligne que la concurrence entre entreprises est féroce et que le climat des affaires est en berne. Ce décalage entre les données macroéconomiques et la réalité vécue par les individus est qualifié par les médias chinois d'écart de température, une expression qui a été temporairement censurée avant d'être réutilisée par des publications officielles comme la revue Qiushi du Parti communiste.
L'économiste Zhao Jian, cité par le magazine Caixin, attribue une partie de ce décalage à la crise immobilière qui frappe la Chine depuis 2023. La baisse continue des prix de l'immobilier a entraîné une perte estimée à 200 000 milliards de yuans (25 000 milliards d'euros) pour l'économie chinoise, soit une perte moyenne de 500 000 yuans (64 000 euros) par ménage. Cette crise a plusieurs conséquences : elle réduit la richesse des ménages, qui voient leurs biens immobiliers perdre de la valeur, et affecte la confiance des consommateurs. Entre 2023 et 2025, la Chine a enregistré trois années consécutives de baisse des prix, un phénomène rare qui aggrave la méfiance des citoyens envers l'économie.
La reconnaissance officielle de ce décalage par la revue Qiushi, un média lié au Parti communiste chinois, marque un tournant. Cette publication, qui avait précédemment censuré le terme écart de température, admet désormais l'existence d'un problème de perception entre les chiffres économiques et la réalité sociale. Cette prise de conscience reflète un dilemme pour Pékin : comment concilier une croissance économique officielle stable avec une population de plus en plus sceptique ? Les autorités semblent désormais chercher à comprendre les raisons de ce décalage, mais sans proposer de solutions concrètes dans l'article.
Les difficultés économiques se traduisent par une insatisfaction croissante dans la société chinoise. Les travailleurs, en particulier ceux des secteurs en déclin comme l'immobilier ou la manufacture, subissent une pression accrue. Le stress, la fatigue et un sentiment d'aliénation sont des thèmes récurrents dans les témoignages recueillis par les médias. Par exemple, l'intelligence artificielle est parfois utilisée pour trier les employés, ce qui ajoute à la précarité des travailleurs. Ces tensions sociales pourraient, à terme, influencer les décisions politiques du gouvernement, même si l'article ne mentionne pas de mesures envisagées pour y répondre.

