Bivouac en montagne : les Écrins face à la surfréquentation
Dans le Parc national des Écrins, le succès du bivouac attire les randonneurs aux abords du lac du Lauvitel, au risque de dégrader ce site protégé. Face aux incivilités et à la forte fréquentation, les gardes multiplient les contrôles et le parc envisage d'instaurer des quotas dès l'an prochain..
Le bivouac (pratique consistant à passer la nuit en plein air avec une tente, souvent en montagne) connaît un essor important dans le Parc national des Écrins, situé principalement dans les Alpes françaises. Ce phénomène s’explique notamment par la popularité des réseaux sociaux comme TikTok et Instagram, où des vidéos mettant en avant des spots de randonnée, comme le lac du Lauvitel, circulent largement. Par exemple, des contenus comme « les trois plus belles randos à faire en Isère en 2026 » ont attiré de nombreux néophytes vers ce parc. En 2025, le site du lac du Lauvitel a enregistré jusqu’à 1 200 visiteurs par jour en haute saison, un chiffre en forte augmentation par rapport aux années précédentes. Cette affluence pose des défis majeurs pour la préservation du milieu naturel.
Le Parc national des Écrins impose des règles strictes pour limiter l’impact des bivouacs sur l’environnement. Parmi les interdictions figurent l’usage de chiens, l’allumage de feux, la diffusion de musique ou l’utilisation de drones. Ces mesures visent à préserver les écosystèmes fragiles, comme les pelouses alpines, et à éviter les dégradations. Les gardes-moniteurs, chargés de faire respecter ces règles, organisent des rondes de surveillance aléatoires. En 2025, 150 procès-verbaux (amendes administratives) ont été dressés, notamment pour des feux illégaux, sanctionnés jusqu’à 135 €. Les panneaux d’information jalonnent les parcours pour rappeler ces consignes aux randonneurs, dont certains, comme Jade et Anna, découvrent la montagne et ses contraintes.
La surfréquentation du lac du Lauvitel et d’autres sites comme le lac de la Muzelle a des conséquences visibles sur l’environnement. Les gardes observent des ronds jaunes dans les pelouses alpines, causés par des tentes installées de manière récurrente au même endroit. En août 2025, jusqu’à 215 tentes ont été recensées au lac de la Muzelle, contre deux fois moins en 2021. Samuel Sempé, directeur du parc, souligne aussi le problème de l’assainissement : les refuges ne sont pas conçus pour accueillir un tel afflux de campeurs, ce qui génère des déchets et perturbe la faune et la flore locales. Ces dégradations menacent la biodiversité et la qualité de l’expérience pour les visiteurs.
Face à ces enjeux, le Parc national des Écrins envisage d’instaurer des quotas (limites de places) pour le bivouac dès 2027. Cette mesure s’inspire de l’expérience menée dans les Calanques de Sugiton à Marseille, où la réservation obligatoire a permis de réduire la fréquentation et de restaurer les écosystèmes. Le parc a déjà révisé son arrêté sur le bivouac en 2026 pour se donner les moyens d’agir. L’objectif est de concilier l’accès à la nature pour le public et sa préservation à long terme. Les gardes-moniteurs jouent un rôle clé dans cette transition, en sensibilisant les nouveaux pratiquants aux bonnes pratiques.
Les nouveaux pratiquants, souvent issus des réseaux sociaux, représentent une part croissante des visiteurs. Arthur et Maxence, deux adolescents de Dunkerque, illustrent cette tendance : ils ont découvert le bivouac via des vidéos en ligne et ont choisi le lac du Lauvitel pour son paysage. Leur expérience montre que ces néophytes sont souvent réceptifs aux conseils des gardes-moniteurs, qui les aident à adopter les bons réflexes. Cependant, leur arrivée massive pose un défi de taille pour les gestionnaires du parc, qui doivent concilier attractivité et protection de l’environnement. La sensibilisation devient donc un outil essentiel pour limiter les impacts négatifs.

