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Philosophie

État espagnol, 1936 : la révolution sociale contre le fascisme

Contretemps · mis à jour il y a 13 j

À l’occasion du quatre-vingt-dixième anniversaire du coup d’État franquiste de juillet 1936, l’historien Andy Durgan rappelle que, dans les territoires restés sous contrôle républicain, la résistance au fascisme se transforma en une révolution sociale, qui remit en cause le pouvoir des capitalistes et des grands propriétaires fonciers. L’article État espagnol, 1936 : la révolution sociale contre le fascisme est apparu en premier sur Contretemps..

Contexte politique

En 1936, l'Espagne est plongée dans une crise profonde marquée par une polarisation extrême entre les classes sociales et les forces politiques. La République espagnole, instaurée en 1931, échoue à réformer la société en profondeur malgré des avancées démocratiques. En février 1936, le Front populaire, une coalition de partis de gauche incluant socialistes, communistes et républicains, remporte les élections. Cependant, cette victoire ne permet pas de réaliser les réformes attendues, car la bourgeoisie et les élites refusent toute remise en cause de leurs privilèges. La droite, incapable de démanteler la République par les urnes, opte pour un coup d'État militaire en juillet 1936, déclenchant ainsi la guerre civile. Cette situation illustre l'incapacité des institutions démocratiques de l'époque à répondre aux aspirations des classes laborieuses.

Mouvement ouvrier

Le mouvement ouvrier espagnol est divisé en plusieurs courants. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) est scindé entre une aile révolutionnaire, dirigée par Francisco Largo Caballero, et une aile social-démocrate, menée par Indalecio Prieto. Le PSOE révolutionnaire prône une stratégie passive, attendant que les républicains ouvrent la voie à un futur gouvernement socialiste, tandis que la tendance social-démocrate défend un retour à une coalition réformiste. La Confédération nationale du travail (CNT), syndicat anarcho-syndicaliste, est la principale force ouvrière en Catalogne, Andalousie et Aragon. En mai 1936, son congrès à Saragosse marque un tournant : elle appelle à une alliance révolutionnaire avec l'Union générale des travailleurs (UGT), mais sans stratégie claire pour faire face à la menace d'un coup d'État. Le Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM) propose quant à lui de réorganiser les Alliances ouvrières pour renverser le capitalisme, mais son influence reste limitée.

Révolution sociale

Dès juillet 1936, en réponse au coup d'État militaire, une révolution sociale éclate dans les zones sous contrôle républicain. En quelques semaines, les ouvriers et les paysans prennent le contrôle des usines, des terres et des bâtiments publics, instaurant une autogestion généralisée. En Catalogne, la moitié de l'industrie espagnole est collectivisée, tandis que dans l'est de l'Aragon, les paysans organisent des collectivités agricoles inspirées par l'anarchisme. Les femmes, traditionnellement confinées au foyer, accèdent pour la première fois à une visibilité publique en rejoignant des organisations antifascistes, travaillant dans les usines ou participant à la lutte armée. Environ 150 000 miliciens, dont une minorité de femmes, combattent sur les fronts dès l'été 1936. Cette révolution résout des problèmes structurels comme la concentration des terres ou le pouvoir de l'Église et de l'armée, mais elle est aussi une réponse directe à la menace fasciste.

Stratégie du Front populaire

Face à la supériorité militaire des insurgés, soutenus par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, les partis du Front populaire (républicains, socialistes, communistes) choisissent de présenter la guerre comme une défense de la démocratie bourgeoise. Leur objectif est de conserver l'appui des classes moyennes et d'obtenir une aide militaire des démocraties occidentales. Cette stratégie implique de réprimer ou de minimiser la révolution sociale en cours. Les républicains de gauche, bien que perçus comme les représentants des classes moyennes, ont une base électorale limitée : en 1936, ils obtiennent 129 sièges (hors Catalogne), mais seulement 14 en 1933 sans coalition. Les démocraties libérales, comme la France et la Grande-Bretagne, refusent de soutenir la République, craignant une radicalisation politique. Le gouvernement français, dirigé par le socialiste Léon Blum, renonce même à envoyer des armes, sous la pression des classes dirigeantes et de l'impérialisme britannique.

Ce que ça pourrait changer

Le *Parti communiste d'Espagne* (PCE) devient la principale force politique de la zone républicaine pendant la guerre civile, passant de 30 000 adhérents avant juillet 1936 à 300 000 en 1937. Son équivalent catalan, le *Partit Socialista Unificat de Catalunya* (PSUC), compte plus de 50 000 membres, tandis que les *Jeunesses socialistes unifiées* (JSU) en regroupent 250 000. Cette progression s'explique par plusieurs facteurs : le PCE défend le *Front populaire* et attire des militants effrayés par les « excès » de la révolution, tout en gagnant le soutien d'officiers professionnels grâce à sa discipline militaire. L'aide militaire soviétique renforce également son prestige. Cependant, le PCE est entièrement subordonné aux intérêts de l'URSS, qui cherche à contenir la menace nazie. Il utilise une rhétorique révolutionnaire tout en défendant la démocratie républicaine, ce qui crée des tensions dans un contexte où la révolution sociale est en marche.

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