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Culture

Pour en finir avec la haine des enfants

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 9 j

Louise Tourret s'entretien avec Cécile Kovacshazy, maîtresse de conférences HDR en littératures comparées. Ses recherches portent sur des populations minorées et dominées.

La misopédie expliquée

La misopédie est un terme peu connu qui désigne la haine envers les enfants. Ce concept a été théorisé par Cécile Kovacshazy, maîtresse de conférences en littératures comparées et spécialiste des populations minorées et dominées. Dans ce podcast, elle explique que cette haine se manifeste par des attitudes, des discours ou des comportements qui dévalorisent systématiquement les enfants, souvent perçus comme une menace ou une charge. Contrairement au maltraitement ou à la violence, la misopédie est une forme de rejet plus subtile et culturellement ancrée. Elle peut se traduire par des phrases comme « Les enfants, ça sert à rien » ou « Ils nous pourrissent la vie », qui normalisent cette hostilité. Kovacshazy souligne que cette haine est souvent banalisée, voire encouragée dans certains discours politiques ou médiatiques, sans que cela soit remis en cause.

Origines de la haine

Cécile Kovacshazy retrace les racines historiques de la misopédie, notamment dans les sociétés occidentales où l’enfant a longtemps été considéré comme un adulte en miniature, sans droits propres. Elle cite des exemples de textes anciens ou de lois qui reflétaient cette vision, comme les corporations médiévales qui interdisaient l’apprentissage aux moins de 12 ans. La chercheuse explique que cette haine s’est renforcée avec l’industrialisation, où les enfants étaient exploités comme main-d’œuvre bon marché, puis avec les théories éducatives autoritaires du XXe siècle. Aujourd’hui, cette hostilité persiste dans des stéréotypes persistants, comme l’idée que les enfants sont bruyants, égoïstes ou incapables de raisonner. Elle note aussi que les crises économiques ou sociales exacerbent souvent cette tendance, les enfants étant perçus comme des boucs émissaires.

Conséquences sociales

La misopédie a des effets concrets sur la société, notamment en termes de bien-être des enfants et de cohésion sociale. Kovacshazy cite des études montrant que les enfants exposés à des discours de haine développent plus de troubles anxieux, de difficultés scolaires ou de comportements violents. Elle évoque aussi le syndrome de l’enfant indésirable, où certains parents ou institutions rejettent activement leurs enfants, avec des conséquences dramatiques comme l’abandon ou la maltraitance. À l’échelle collective, cette haine affaiblit le lien social : elle rend plus difficile la mise en place de politiques publiques favorables à l’enfance, comme l’accès à l’éducation ou aux soins. La chercheuse rappelle que les pays où la misopédie est la plus forte enregistrent aussi des taux plus élevés de pauvreté infantile et de décrochage scolaire.

Rôle des médias et politiques

Les médias et les discours politiques jouent un rôle clé dans la propagation ou la lutte contre la misopédie. Kovacshazy analyse comment certains médias amplifient les stéréotypes en mettant en avant des images d’enfants violents ou irresponsables, sans contextualiser ces comportements. Elle cite l’exemple des réseaux sociaux, où des vidéos de mineurs en conflit sont partagées massivement, renforçant l’idée que les enfants sont une menace. À l’inverse, des initiatives comme les conventions internationales sur les droits de l’enfant (ratifiées par la France en 1990) tentent de contrer cette haine en reconnaissant les enfants comme des sujets de droit. La chercheuse souligne que les politiques publiques doivent intégrer cette dimension pour éviter de reproduire des schémas discriminatoires, par exemple en limitant l’exposition des enfants à des discours dévalorisants.

Ce que ça pourrait changer

Pour lutter contre la misopédie, Cécile Kovacshazy propose plusieurs leviers, à commencer par l’*éducation critique*. Elle insiste sur la nécessité d’enseigner aux adultes et aux enfants ce que signifie la haine envers les mineurs, en intégrant ces thèmes dans les programmes scolaires ou les formations pour les professionnels de l’enfance. Elle cite des exemples de pays comme la Suède ou le Canada, où des campagnes de sensibilisation ont permis de réduire les violences envers les enfants. Un autre axe est la *reconnaissance juridique* des enfants comme acteurs à part entière, avec des lois qui protègent leur intégrité et leur participation aux décisions les concernant. Enfin, elle encourage les médias à adopter des *chartes éthiques* pour éviter de stigmatiser les mineurs, en privilégiant des récits qui mettent en avant leur résilience et leurs compétences.

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