Pour en finir avec la haine des enfants
La misopédie, terme encore méconnu, désigne la haine systémique envers les enfants, un phénomène social souvent naturalisé mais dont les mécanismes méritent d’être décryptés. À travers un entretien avec Cécile Kovacshazy, maîtresse de conférences en littératures comparées, ce podcast explore comment cette domination adulte s’installe et quelles en sont les conséquences sur les individus et la société. Une réflexion qui interroge les fondements mêmes de nos rapports de pouvoir intergénérationnels.
Qu’est-ce que la misopédie et comment se manifeste-t-elle dans nos sociétés ?
La misopédie renvoie à une haine structurelle envers les enfants, souvent banalisée sous couvert de protection ou d’autorité. Cécile Kovacshazy, spécialiste du sujet, souligne que cette domination adulte se traduit par des normes sociales, des discours et des pratiques qui dévalorisent systématiquement les enfants, les excluant des espaces de décision et les maintenant dans un statut de subordination. Les colloques qu’elle a organisés sur ce thème révèlent une prise de conscience tardive de ce phénomène, longtemps ignoré par les sciences humaines.
Quels sont les acteurs ou institutions qui perpétuent cette domination adulte ?
Les institutions éducatives, familiales et même médiatiques jouent un rôle central dans la reproduction de cette domination. Kovacshazy met en lumière comment les systèmes de pouvoir traditionnels, qu’ils soient scolaires, familiaux ou politiques, intègrent des mécanismes de contrôle et de marginalisation des enfants. Ces structures, souvent perçues comme neutres, participent activement à la légitimation de la misopédie en normalisant des rapports inégaux.
Pourquoi ce sujet est-il aujourd’hui abordé avec une urgence particulière ?
L’émergence récente de ce débat s’inscrit dans un contexte de remises en question plus larges des rapports de pouvoir, notamment après des mouvements sociaux comme les mobilisations lycéennes. Ces événements révèlent une fracture générationnelle et une contestation des normes établies, poussant à une réflexion sur les droits et la place des enfants dans la société. Le podcast s’inscrit ainsi dans une dynamique de déconstruction des préjugés liés à l’enfance.
Quelles pistes sont évoquées pour lutter contre cette haine des enfants ?
Kovacshazy insiste sur la nécessité de repenser les cadres éducatifs et sociaux pour inclure les enfants comme acteurs à part entière, plutôt que comme objets de protection. Cela implique de remettre en cause les hiérarchies traditionnelles et de promouvoir des modèles où l’enfant est reconnu comme un sujet de droits, capable de participer aux décisions qui le concernent. Une approche qui rejoint les débats contemporains sur l’autonomie et la citoyenneté des mineurs.
Ce que ça pourrait changer
Si la prise de conscience de la misopédie progresse, elle pourrait entraîner des réformes profondes dans les systèmes éducatifs et familiaux, redéfinissant le statut des enfants dans la société. À plus long terme, cette réflexion pourrait contribuer à une démocratie plus inclusive, où les générations futures ne seraient plus perçues comme des êtres à éduquer, mais comme des partenaires égaux dans la construction du vivre-ensemble. Cependant, le risque persiste de voir ce débat se limiter à des discours sans traductions concrètes dans les politiques publiques.

