Brésil : à la veille des élections, la question du surendettement qui a augmenté sous Lula
Au Brésil, le surendettement atteint un record : 81 millions d’adultes sont concernés. En cause : de faibles salaires, des taux d’intérêt très élevés, des crédits en ligne agressifs et l'essor des paris.
Le Brésil fait face à une situation de surendettement sans précédent, avec 81 millions d’adultes concernés, soit la moitié de la population adulte du pays. Ce chiffre représente une augmentation massive par rapport à 2010, où un tiers des adultes étaient déjà touchés. Plusieurs facteurs expliquent cette crise, notamment des salaires jugés trop bas, un manque d’éducation financière pour gérer les crédits, et un taux directeur de la banque centrale brésilienne extrêmement élevé, atteignant près de 14 % par an. Ce taux directeur influence directement les taux d’intérêt des crédits, qui peuvent atteindre jusqu’à 100 % par an, l’un des plus élevés au monde. Le surendettement est donc devenu un problème structurel, aggravé par des pratiques de crédit agressives et une société où l’accès au microcrédit a été encouragé comme outil de consommation.
La généralisation des offres de crédits en ligne a fortement contribué à l’aggravation du surendettement. Selon Lauro Gonzales, professeur à la Fondation Getulio Vargas, ces plateformes numériques proposent des crédits de manière prédatrice, notamment via des systèmes de paiement instantané très populaires au Brésil. Chaque utilisation de ces systèmes peut s’accompagner d’une offre de crédit, souvent sous forme de prêts à taux très élevés. Parallèlement, l’essor des paris en ligne, légalisés en 2018 sans régulation initiale, a aggravé la situation. Ces paris, devenus une véritable épidémie, auraient retiré au moins 20 milliards d’euros de l’économie brésilienne, tout en générant des drames sociaux. En 2023, le gouvernement Lula a tenté de réguler ce secteur, mais sans succès suffisant pour enrayer la tendance.
Face à cette crise, le gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva a lancé en 2024 le programme desenrola, visant à aider les ménages à rembourser leurs dettes. Ce programme a été renforcé début 2026, en pleine année électorale, pour répondre à l’urgence sociale. Bien que desenrola ait permis à de nombreux ménages de respirer financièrement, il ne s’attaque pas aux causes profondes du surendettement, comme la prolifération des crédits prédatrices ou les taux d’intérêt élevés. Le gouvernement a également annoncé en septembre 2026 l’interdiction des paris en ligne, une mesure saluée par une partie de la population, notamment les femmes, un électorat clé pour les élections. Cependant, cette décision intervient tardivement et ne suffit pas à résoudre la crise structurelle.
Cette crise du surendettement survient à quelques jours du premier tour des élections générales brésiliennes, dont l’élection présidentielle. Bien que le bilan économique de Lula soit globalement positif, le surendettement pèse sur sa popularité. Le Brésil est un pays où le microcrédit a longtemps été présenté comme un outil de réduction des inégalités et d’ascension sociale, notamment pendant les deux premiers mandats de Lula (2003-2010). Cependant, cette politique a aussi créé une dépendance au crédit, piégeant une partie de la population dans une spirale d’endettement. La situation actuelle illustre les limites d’une croissance économique basée sur l’accès facile au crédit, sans accompagnement financier suffisant ni régulation stricte des pratiques prédatrices.

