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Culture

Avoir raison avec... Mary Shelley 1/5 : Penser à l’ombre des Lumières

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 10 j

Polyglotte, érudite, autodidacte, Mary Shelley s’éduque par l’écoute, la lecture et la discussion. Marquée par l’héritage des Lumières et par le souffle de la Révolution française, elle développe très tôt une pensée libre, critique et féministe avant l’heure..

Mary Shelley inconnue

Mary Shelley est surtout connue pour avoir créé le mythe de Frankenstein, mais son nom reste moins célèbre que celui de son monstre. Pourtant, elle a écrit ce roman à seulement 18 ans, en 1818, lors d’un séjour en Suisse avec son mari, le poète Percy Shelley. Cette œuvre, née d’un défi littéraire lancé entre amis lors d’une nuit d’orage au bord du lac Léman, est devenue un symbole culturel, décliné en films, séries et costumes. Mary Shelley incarne ainsi l’une des figures les plus illustres de l’histoire littéraire… tout en restant méconnue du grand public. Son parcours illustre comment une création peut éclipser son auteur, réduisant parfois une vie entière à une seule œuvre.

Héritage des Lumières

Mary Shelley grandit dans un siècle marqué par les bouleversements intellectuels et politiques des Lumières, un mouvement du XVIIIe siècle qui prônait la raison, la science et la liberté contre l’obscurantisme. Elle est aussi influencée par la Révolution française (1789-1799), qui a renversé la monarchie absolue en France et inspiré des idéaux de liberté et d’égalité. Ces courants de pensée ont façonné sa vision critique et son approche féministe avant l’heure. Son éducation, marquée par la lecture et les discussions, lui a permis d’absorber ces idées et de les transformer en récits, comme Frankenstein, qui interroge les limites de la science et de la morale.

Mère féministe

La mère de Mary Shelley, Mary Wollstonecraft, est une figure majeure du féminisme. Elle a écrit Défense des droits de la femme (1792), un ouvrage pionnier qui défend l’éducation des femmes comme outil d’émancipation. Wollstonecraft meurt seulement dix jours après la naissance de sa fille, en 1797, laissant Mary sans figure maternelle directe. Cependant, son héritage intellectuel a profondément influencé l’éducation et la pensée de Mary Shelley. Wollstonecraft y affirme que les femmes doivent avoir accès aux mêmes opportunités que les hommes, une idée radicale pour l’époque. Mary Shelley a ainsi grandi sous l’ombre bienveillante de cette pensée, qui a nourri sa propre réflexion.

Éducation autodidacte

Mary Shelley se forme de manière autodidacte, c’est-à-dire qu’elle apprend par elle-même, sans passer par les institutions traditionnelles. Elle développe ses connaissances en lisant, en écoutant et en discutant avec son entourage. Son père, William Godwin, un philosophe et écrivain, joue un rôle clé dans son éducation après la mort de Wollstonecraft. Cette approche lui permet d’acquérir une pensée libre et critique, loin des carcans de l’époque. Elle devient ainsi une polyglotte et une érudite, capable de s’exprimer avec aisance sur des sujets variés, de la philosophie à la science, en passant par la littérature.

Vie d'exil et création

En 1814, Mary Shelley s’installe en Suisse avec son mari, Percy Shelley, un poète renommé. Leur vie est marquée par l’exil et la création artistique. C’est dans ce pays, lors d’un séjour au bord du lac Léman en 1816, qu’elle écrit Frankenstein en réponse à un défi lancé entre amis, dont le poète Lord Byron. Son mari l’encourage à écrire et à se faire un nom dans le monde littéraire. Dans son journal, elle note : « Dès le début, mon mari s’inquiétait pour que je me montre digne de ma filiation et que j’inscrive mon nom sur la page de la renommée. » Après la mort prématurée de Percy Shelley en 1822, elle consacre une grande partie de sa vie à éditer et défendre son œuvre, tout en écrivant ses propres romans.

Ce que ça pourrait changer

Mary Shelley est souvent perçue comme une éditrice ou la femme de Percy Shelley, mais elle est avant tout une auteure majeure à part entière. Veuve à 24 ans, elle se consacre pleinement à l’écriture et publie plusieurs romans, dont *Le Dernier Homme* (1826) ou *Mathilda* (1819). Son œuvre explore des thèmes comme la solitude, la quête d’identité et les inégalités entre les sexes, reflétant ses convictions féministes. Elle défend l’idée que les femmes doivent être libres de s’exprimer et de créer, une vision audacieuse pour le début du XIXe siècle. Son parcours montre comment une femme peut s’affirmer dans un monde dominé par les hommes, malgré les obstacles.

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