Pendant des années, un radiotélescope australien a capté de mystérieux signaux — ils venaient des fours à micro-ondes de l'observatoire
Des signaux radio mystérieux brouillaient le radiotélescope de Parkes depuis 1998. Deux fours à micro-ondes du site les produisaient, dès qu’une porte s’ouvrait avant la fin du minuteur.
Depuis 1998, le radiotélescope de Parkes en Australie enregistrait des signaux radio inexpliqués, baptisés perytons par les astronomes. Ces signaux ressemblaient à des sursauts cosmiques mais présentaient des caractéristiques inhabituelles : ils apparaissaient simultanément dans plusieurs faisceaux du télescope, ce qui est impossible pour une source céleste lointaine. Leur fréquence de 1,4 gigahertz correspondait à la fenêtre d'observation de l'instrument. Entre 1998 et 2015, 46 perytons ont été détectés, principalement aux heures de repas, suggérant une origine humaine ou terrestre. Aucun observatoire n'avait été perturbé aussi longtemps par ses propres équipements.
En 2014, l'équipe de l'astrophysicienne Emily Petroff, de l'université Swinburne, a installé un moniteur d'interférences radio pour traquer la source des perytons. En janvier 2015, trois nouveaux signaux ont été enregistrés à la fois par le télescope et le moniteur, qui a détecté une émission parasite entre 2,3 et 2,5 gigahertz. Cette fréquence correspond à celle des fours à micro-ondes. L'enquête a révélé que deux fours anciens, âgés de plus de 27 ans, étaient situés à proximité immédiate de l'antenne du télescope. L'un servait la cuisine du personnel, l'autre celle du centre des visiteurs.
Pour confirmer l'hypothèse, les chercheurs ont reproduit le phénomène le 17 mars 2015. En ouvrant la porte d'un four pendant son fonctionnement, ils ont généré trois perytons très intenses. Le même résultat a été obtenu avec le second four. Le phénomène s'explique par le fait que le magnétron, le composant qui produit les micro-ondes, ne s'éteint pas instantanément. Une bouffée d'ondes s'échappe alors par l'ouverture, et si le four est orienté vers la cabine de réception du télescope, située au foyer de l'antenne, le signal est capté comme un peryton.
La découverte des perytons a permis de distinguer ces faux signaux des sursauts radio rapides (FRB), des flashs d'une milliseconde semblant provenir de galaxies lointaines. Sans cette clarification, les FRB auraient pu être discrédités, car leurs enregistrements bruts se ressemblent. Par exemple, le sursaut FRB 010724, célèbre pour avoir été détecté dans trois faisceaux, a été réexaminé. Il datait de 5 h 50, heure à laquelle le centre des visiteurs était fermé, confirmant qu'il ne pouvait s'agir d'un peryton. Cette distinction renforce la crédibilité des observations astronomiques.
Cette affaire illustre les défis des observatoires modernes, où les équipements terrestres peuvent perturber les observations cosmiques. Le radiotélescope de Parkes, opérationnel depuis des décennies, a été victime de ses propres installations pendant 17 ans. La solution a consisté à installer un moniteur d'interférences radio, capable de corréler les signaux parasites avec les activités humaines. Cette méthode pourrait être adoptée par d'autres observatoires pour éviter des erreurs d'interprétation similaires. L'incident rappelle aussi l'importance de la maintenance des équipements vieillissants.

