Sommes-nous à l’ère de la nationalisation ?
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L’article présente plusieurs exemples de nationalisations ou de projets de nationalisation dans des secteurs variés à travers le monde. En Belgique, les réacteurs nucléaires de Doel et Tihange sont concernés. Au Chili, c’est l’extraction de lithium, un minerai essentiel pour les batteries, qui est visée. Aux Pays-Bas, un chantier naval produit des porte-conteneurs géants. En Afrique de l’Ouest, des mines d’or sont exploitées au Mali, au Burkina Faso et au Niger. En France, les aciéries de Dunkerque et de Fos-sur-Mer sont également mentionnées. Enfin, en Indonésie, un champ de production d’huile de palme est concerné. Ces exemples illustrent une tendance mondiale où des États prennent le contrôle ou envisagent de prendre le contrôle d’actifs stratégiques, indépendamment de leur orientation politique ou idéologique.
L’auteur, Pierre Ramond, s’appuie sur l’analyse de Nicolas Mulder, professeur à l’université Cornell, pour expliquer que ces nationalisations s’inscrivent dans une nouvelle ère géopolitique. Cette ère est marquée par ce qu’il appelle les capitalismes politiques en guerre, une expression inspirée du sociologue Max Weber. Elle désigne une situation où les grandes puissances, comme la Chine et les États-Unis, intègrent l’innovation, l’industrie, les technologies et les sciences dans leur stratégie de puissance. Les questions économiques deviennent des enjeux de sécurité nationale et de souveraineté. Les États nationalisent alors des ressources ou des secteurs jugés essentiels pour leur sécurité, comme l’énergie, l’alimentation ou certaines industries clés.
Nicolas Mulder souligne que ce phénomène de nationalisation n’est pas inédit. Il existe des parallèles avec les vagues de nationalisations des années 1930 et des années 1970. Dans les deux cas, un effondrement d’un ordre économique mondial a précédé ces mouvements : dans les années 1930, c’était la mondialisation libérale basée sur l’étalon-or, et aujourd’hui, c’est le modèle néolibéral du libre-échange des années 1970. De plus, ces nationalisations ont été menées par des États aux idéologies très différentes, comme l’Union soviétique sous Staline, les États-Unis sous Roosevelt, ou encore des gouvernements militaires en Amérique latine. Aujourd’hui, cette tendance est portée par des régimes variés, allant de gouvernements conservateurs à des juntes militaires, en passant par des populistes de droite ou de gauche.
Les motivations derrière ces nationalisations sont variées et ne correspondent pas à un clivage politique traditionnel. Aux États-Unis, Donald Trump, figure de la droite populiste, propose que l’État prenne une part dans des entreprises d’intelligence artificielle, tandis que Bernie Sanders, sénateur de gauche, défend une mesure similaire pour obtenir une compensation financière en partageant les bénéfices de ces entreprises avec l’État. Pour Trump, cette approche s’inscrit dans une logique de dynamisation des marchés, tandis que pour Sanders, elle vise à redistribuer les richesses produites par ces secteurs stratégiques. Ainsi, la nationalisation n’est ni un marqueur de progrès social ni une preuve de confiscation, mais un outil parmi d’autres de politique économique adapté à une époque de tensions géopolitiques et de rivalités stratégiques.
Selon l’article, la nationalisation est devenue un outil de souveraineté économique pour les États. Face à des enjeux comme la transition énergétique, la sécurité alimentaire ou la maîtrise des technologies critiques, les gouvernements estiment nécessaire de contrôler directement des ressources ou des industries. Cette tendance reflète une remise en cause du modèle néolibéral des décennies précédentes, où les États jouaient un rôle minimal dans l’économie. Aujourd’hui, même des pays aux systèmes politiques opposés adoptent des mesures similaires, montrant que la nationalisation n’est plus l’apanage d’une idéologie, mais une réponse pragmatique à des défis globaux comme la rivalité sino-américaine ou les crises climatiques.

