« En tant que “crétin digital”, je trouve le débat sur les écrans frustrant »
La génération qui a grandi avec les écrans est rarement invitée à donner son avis sur le monde numérique, alors même qu’elle en connaît bien le fonctionnement, estime le chercheur en informatique Marc Damie, dans une tribune au « Monde ». Il appelle à la régulation des géants du secteur, plutôt qu’à la stigmatisation des comportements..
L’auteur, se décrivant comme un « crétin digital » (expression ironique désignant une personne perçue comme peu à l’aise avec le numérique), exprime son agacement face aux discussions souvent manichéennes sur les écrans. Il souligne que ces débats opposent systématiquement les « pour » et les « contre », sans nuance, comme s’il s’agissait d’un combat entre le bien et le mal. Pour lui, cette polarisation rend le dialogue stérile et empêche une réflexion constructive sur les usages réels des écrans dans la société. Il critique notamment l’absence de prise en compte des contextes individuels, comme les besoins professionnels ou éducatifs, qui rendent les écrans indispensables pour certains, tandis que d’autres en abusent.
L’article met en lumière la diversité des pratiques liées aux écrans, souvent ignorée dans les discours publics. L’auteur rappelle que les écrans ne sont pas un bloc monolithique : leur impact varie selon leur usage (travail, loisirs, éducation) et leur durée d’exposition. Par exemple, un écran utilisé pour suivre un cours en ligne n’a pas le même effet qu’un écran consulté passivement pendant des heures pour du divertissement. Il souligne aussi que les écrans font partie intégrante de la vie moderne, notamment dans les milieux professionnels où leur maîtrise est devenue une compétence essentielle. Le débat, selon lui, devrait donc porter sur les usages qualitatifs plutôt que sur la simple présence ou absence d’écrans.
L’auteur s’en prend aux discours alarmistes qui diabolisent les écrans sans distinction, comme ceux qui évoquent une « génération sacrifiée » ou une « épidémie d’addiction ». Il rappelle que ces affirmations reposent souvent sur des études partielles ou des généralisations abusives, sans tenir compte des différences individuelles. Par exemple, il cite des travaux montrant que les effets négatifs des écrans (comme la réduction de la concentration ou les troubles du sommeil) ne concernent pas uniformément tous les utilisateurs. Pour lui, ces discours simplistes masquent la réalité complexe des interactions entre humains et technologies, et risquent de culpabiliser inutilement les utilisateurs.
Face à cette frustration, l’auteur plaide pour une approche plus équilibrée et pragmatique du débat sur les écrans. Il propose de remplacer les jugements moraux par une analyse des *conditions d’usage* : durée, contexte, contenu consulté, et bien-être ressenti. Il suggère aussi de s’inspirer des recherches en psychologie ou en neurosciences, qui montrent que l’impact des écrans dépend autant de leur usage que de leur simple présence. Enfin, il invite à considérer les écrans comme des outils neutres, dont la valeur dépend de la manière dont ils sont intégrés dans nos vies, plutôt que comme des ennemis à combattre ou des sauveurs à vénérer.

