Entre le Nigeria et l’AES, une montée des tensions qui inquiète
Au cours de ce mois d’août, la tension est montée d’un cran entre le Nigeria et les trois pays sahéliens de l’AES, dont le Niger, alors que leur coopération est précieuse pour contrer les menaces sécuritaires dans la région..
En août 2026, les relations entre le Nigeria et l’Alliance des États du Sahel (AES) se tendent fortement. L’AES regroupe trois pays sahéliens : le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Ces pays partagent avec le Nigeria une longue frontière de plus de 1 500 kilomètres, ainsi que des défis communs comme la lutte contre les groupes armés transfrontaliers. Historiquement, ces échanges commerciaux et humains remontent à bien avant la création de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) en 1975. Cependant, depuis quelques années, les tensions entre ces blocs se sont accentuées, notamment en raison de divergences politiques et sécuritaires.
Le 30 juillet 2026, le président nigérian Bola Tinubu a directement pointé du doigt les pays de l’AES lors d’une rencontre avec des chefs traditionnels à Abuja. Il a attribué une partie des attaques et enlèvements récents au Nigeria à des éléments terroristes originaires de ces pays voisins. Cette déclaration intervient alors que le Nigeria fait face à une recrudescence des enlèvements, notamment d’élèves, et envisage une réforme de son architecture policière. Tinubu a ainsi suggéré que l’insécurité au sein de l’AES aggrave la situation sécuritaire nigériane, sans pour autant fournir de preuves tangibles de ses accusations.
Huit jours après les propos de Bola Tinubu, le ministre des Affaires étrangères burkinabè, Karim Séré, a réagi en contestant fermement ces accusations. Cette réponse illustre la dégradation des relations entre les deux blocs. L’AES, créée en 2023, a pour objectif de renforcer la coopération entre ses membres face aux menaces sécuritaires et politiques. Cependant, les tensions actuelles risquent de fragiliser cette alliance, alors que les trois pays membres sont déjà confrontés à des défis internes majeurs, comme les coups d’État au Niger et au Burkina Faso.
Les deux blocs, Nigeria et AES, sont confrontés à des groupes armés divers et transfrontaliers, comme Boko Haram ou des factions liées à Al-Qaïda. Ces groupes exploitent les zones frontalières mal contrôlées pour mener des attaques et se déplacer. Le Nigeria, avec ses 240 millions d’habitants, est le pays le plus peuplé d’Afrique et joue un rôle clé dans la stabilité régionale. Cependant, sa capacité à gérer ces menaces est mise à l’épreuve, notamment en raison de la porosité des frontières et de la faiblesse des institutions dans certains pays voisins.
La montée des tensions entre le Nigeria et l’AES pourrait avoir des répercussions majeures sur la sécurité et l’économie de la région. Une escalade des conflits risquerait d’affaiblir la coopération contre le terrorisme, déjà fragile. De plus, les échanges commerciaux, qui représentent des milliards d’euros chaque année, pourraient être perturbés. Enfin, cette situation pourrait compliquer les efforts de la Cedeao, une organisation régionale visant à promouvoir l’intégration économique et politique en Afrique de l’Ouest, dont le Nigeria et les pays de l’AES sont membres.

