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Environnement

« Un passage en force » : la LGV Bordeaux-Toulouse ravive le cauchemar de l'A69

Reporterre · mis à jour il y a 9 j

Arbres abattus, zad éliminée... Le chantier de la ligne à grande vitesse entre Toulouse, Bordeaux et Dax a pu commencer plus tôt que prévu, grâce à un arrêté interpréfectoral.

Projet LGV contesté

Le projet de LGV (Ligne à Grande Vitesse) entre Bordeaux et Toulouse, estimé à 10,5 milliards d’euros, suscite une forte opposition. Cette ligne ferroviaire, prévue pour relier les deux villes en 1h10 contre 2h aujourd’hui, est critiquée pour son coût élevé et son impact environnemental. Les opposants dénoncent un passage en force des autorités, c’est-à-dire une décision imposée sans consultation suffisante des citoyens et des associations locales. Le tracé traverse des zones naturelles protégées et des terres agricoles, ce qui alimente les craintes de destruction d’écosystèmes et de nuisances pour les riverains.

Rappel de l'A69

Ce projet ravive les souvenirs du projet controversé de l’A69, une autoroute à péage reliant Toulouse à Castres, dont les travaux ont débuté en 2023 malgré une opposition massive. L’A69, estimée à 1,2 milliard d’euros, est critiquée pour son impact écologique, notamment la destruction de 4 000 hectares de forêts et de zones humides, ainsi que pour son utilité remise en question. Les opposants, soutenus par des associations écologistes comme Les Amis de la Terre, dénoncent un manque de transparence et des études d’impact jugées insuffisantes. Le parallèle entre les deux projets soulève des questions sur la cohérence des politiques publiques en matière d’infrastructures.

Acteurs en présence

Les principaux acteurs de ce débat sont les collectivités locales, l’État, les entreprises ferroviaires et les associations. La région Nouvelle-Aquitaine et la région Occitanie, qui financent en partie le projet, défendent la LGV comme un levier économique et écologique. L’État, via SNCF Réseau (gestionnaire du réseau ferroviaire français), porte le projet et assure sa coordination. Les opposants, regroupés autour de collectifs comme Non à la LGV Bordeaux-Toulouse, s’appuient sur des expertises indépendantes pour contester la pertinence du tracé et son financement. Les élus locaux sont divisés, certains soutenant le projet pour ses retombées économiques, d’autres le rejetant pour ses impacts environnementaux.

Enjeux économiques

Le projet de LGV Bordeaux-Toulouse est présenté comme un investissement stratégique pour désenclaver la région et renforcer les liaisons entre les grandes métropoles du Sud-Ouest. Les promoteurs du projet estiment qu’il générera 20 000 emplois directs et indirects pendant la construction, et 5 000 emplois permanents une fois la ligne opérationnelle. Le coût de 10,5 milliards d’euros inclut les infrastructures, les gares et les systèmes de signalisation. Cependant, les opposants remettent en cause ces chiffres, soulignant que les coûts réels des grands projets d’infrastructures dépassent souvent les prévisions initiales, comme ce fut le cas pour la LGV Est européenne ou le tunnel du Fréjus.

Impacts environnementaux

Le tracé de la LGV Bordeaux-Toulouse traverse des zones classées Natura 2000, un réseau européen de sites naturels protégés, ainsi que des terres agricoles et des forêts. Les associations écologistes craignent la fragmentation des habitats naturels, la perturbation des espèces animales et la destruction de puits de carbone. Une étude d’impact commandée par les opposants révèle que 1 500 hectares de zones humides pourraient être affectés, ainsi que des espèces protégées comme le Vison d’Europe ou le Crapaud calamite. Les promoteurs du projet affirment avoir prévu des mesures compensatoires, mais celles-ci sont jugées insuffisantes par les écologistes.

Procédures administratives

Le projet de LGV Bordeaux-Toulouse a obtenu son déclaration d’utilité publique (DUP) en 2021, une étape administrative qui autorise les expropriations et les travaux. Cependant, les recours juridiques se multiplient, portés par des associations et des citoyens. En 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé la DUP pour l’A69, une décision qui pourrait inspirer des recours similaires contre la LGV. Les opposants s’appuient sur le principe de précaution, inscrit dans la Constitution française, pour demander un moratoire sur les travaux jusqu’à ce que les études d’impact soient complétées et que les alternatives soient examinées. L’État et SNCF Réseau maintiennent leur calendrier, prévoyant un début des travaux en 2025 pour une mise en service en 2032.

Ce que ça pourrait changer

Face aux critiques, des alternatives au projet de LGV sont avancées par les opposants. Parmi elles, l’amélioration des lignes ferroviaires existantes, comme la ligne classique Bordeaux-Toulouse, permettrait de réduire les temps de trajet à 1h30 contre 2h aujourd’hui, pour un coût bien moindre. Une autre piste serait de développer le fret ferroviaire, actuellement sous-exploité, pour désengorger les routes et réduire les émissions de CO₂. Les associations proposent également de réorienter les financements vers des projets de transports en commun locaux, comme les TER ou les bus à haut niveau de service, pour répondre aux besoins des territoires ruraux et périurbains.

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