Les agents de bord de WestJet brandissent la menace d’une grève « historique »
Les employés dénoncent des salaires de base qui figurent parmi les plus bas du marché national..
Les quelque 4 400 agents de bord de WestJet, une compagnie aérienne canadienne, menacent de faire grève à partir du 2 août 2024. Cette mobilisation, organisée par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), section locale 8125, est la première de cette ampleur en 30 ans d’histoire de l’entreprise. Les revendications portent principalement sur deux points : une revalorisation des salaires et une rémunération pour toutes les heures travaillées, y compris celles non passées en vol. Le syndicat dénonce un système de rémunération obsolète, appelé crédit de vol, datant de plus de 20 ans. Ce mécanisme ne paie les employés que lorsqu’ils sont en l’air, ignorant ainsi les heures consacrées aux préparations, aux retards ou aux urgences, pouvant représenter jusqu’à 35 heures non rémunérées par mois. Jean-François Laframboise, agent de bord expérimenté, illustre ce problème en évoquant les vérifications de sécurité ou les évacuations d’urgence, des tâches essentielles mais non payées.
Les agents de bord de WestJet demandent une augmentation de leur salaire de base comprise entre 15 % et 20 %, ainsi qu’une hausse annuelle de 3 % pour compenser l’inflation. Selon Jean-François Laframboise, ces revendications visent à aligner leur rémunération sur celle des autres compagnies aériennes canadiennes, où les salaires sont jugés plus compétitifs. L’expert en aviation John Gradek, de l’Université McGill, confirme que les agents de WestJet figurent parmi les moins bien payés du secteur au Canada. Le dernier contrat, négocié en 2019 en pleine pandémie, n’a pas intégré d’ajustements suffisants pour suivre l’inflation, ce qui a creusé l’écart entre les salaires et le coût de la vie. Le PDG de WestJet, Alexis von Hoensbroech, reconnaît cette situation et admet que des améliorations significatives sont nécessaires pour répondre aux attentes des employés.
Face aux mobilisations, la direction de WestJet, représentée par son PDG Alexis von Hoensbroech, a adopté une position conciliante. Bien que le contrat actuel soit jugé conforme à la loi par l’entreprise, elle reconnaît la complexité de sa structure de paie et la nécessité de l’adapter. Von Hoensbroech a déclaré que WestJet est ouverte à discuter d’une nouvelle méthode de calcul des heures travaillées, si les employés le souhaitent. Il a également souligné que l’entreprise respecte la démarche des agents de bord et comprend leurs revendications, notamment après cinq ans sans ajustement salarial significatif. Malgré ces concessions, la direction insiste sur sa priorité : éviter une grève qui pénaliserait les passagers, tout en maintenant un dialogue constructif avec le syndicat.
Le conflit entre les agents de bord et WestJet entre dans une phase décisive. Le 15 juillet 2024, le syndicat SCFP local 8125 rendra publics les résultats d’un vote de grève organisé auprès de ses membres. Si le vote est positif, les agents de bord obtiendront le droit légal de déclencher une grève dès le 2 août 2024, date qui coïncide avec une longue fin de semaine estivale au Canada. Cette période est traditionnellement marquée par une forte affluence de voyageurs, ce qui rend la menace de grève particulièrement préoccupante pour les passagers. Les deux parties ont exprimé leur volonté d’éviter un arrêt de travail, mais l’issue des négociations reste incertaine, d’autant que les revendications salariales et la rémunération des heures non productives restent des points de désaccord majeurs.

