Les archives concernant les esclaves des anciennes colonies britanniques mises en ligne
La numérisation et l’accès gratuit à quatre millions de fiches constituent une première outre-Manche. L’initiative devrait permettre aux descendants des personnes réduites en esclavage de retrouver leurs racines et de reconstituer plus facilement leur arbre généalogique..
Quatre millions de fiches concernant les esclaves des anciennes colonies britanniques ont été numérisées et mises en ligne gratuitement. Cette initiative, menée par le site de généalogie Ancestry et l’University College de Londres, représente une première au Royaume-Uni. Les documents couvrent la période de 1813 à 1840, soit après l’abolition de la traite transatlantique en 1807. Ces archives, autrefois conservées dans les Archives nationales britanniques, permettent désormais d’accéder à des informations détaillées sur les personnes réduites en esclavage dans une vingtaine de colonies et dépendances britanniques. L’accès en ligne simplifie considérablement les recherches pour les descendants ou les chercheurs, évitant les déplacements physiques dans les centres d’archives.
Les fiches numérisées contiennent des données précises et parfois glaçantes sur les personnes concernées. On y trouve notamment les noms, l’âge, la description physique, la filiation, les dates de naissance et de mort, ainsi que les changements de propriétaires. Certaines fiches distinguent les personnes nées en Afrique de celles nées dans les Caraïbes, reflétant les mouvements forcés de population liés à l’esclavage. Ces registres avaient été créés par le gouvernement britannique pour recenser les esclaves et lutter contre la traite illégale après l’abolition de 1807. Leur précision permet de reconstituer des parcours individuels, offrant une vision plus humaine de l’histoire de l’esclavage.
L’objectif principal de cette initiative est de permettre aux descendants des personnes réduites en esclavage de retrouver leurs origines et de reconstituer leur arbre généalogique. Nicka Sewell-Smith, généalogiste interrogée par The Guardian, souligne que ces documents « restaurent une part d’humanité » en redonnant une identité à des millions de personnes. Pour accéder aux archives, il suffit de s’inscrire sur la plateforme Ancestry et d’utiliser la barre de recherche avec un nom. Cette démarche pourrait également intéresser des chercheurs ou des historiens, car elle ouvre la voie à des études approfondies sur la diaspora africaine et les migrations forcées.
Bien que centré sur les colonies britanniques, ce projet dépasse les frontières du Royaume-Uni et de ses anciennes dépendances. En effet, les mouvements de population liés à l’esclavage ont dispersé les descendants dans le monde entier, notamment aux États-Unis, en Amérique latine et dans les Caraïbes. *The Guardian* souligne que cette base de données pourrait être utile à l’ensemble de la *diaspora africaine*. Cependant, son plein potentiel ne sera atteint que lorsque ces registres seront croisés avec d’autres archives, comme celles des États-Unis ou du Brésil. Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de mémoire coloniale, que le Royaume-Uni explore régulièrement, comme en témoignent ses réflexions sur ses liens avec le commerce triangulaire.

