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Géopolitique

Poutine a-t-il trouvé une nouvelle majorité en Allemagne ?

Le Grand Continent · mis à jour il y a 1 h

En Saxe-Anhalt, l’extrême droite de l’AfD et la gauche national-populiste allemandes s’unissent contre l’Ukraine L’article Poutine a-t-il trouvé une nouvelle majorité en Allemagne ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Élections en Saxe-Anhalt

Le 6 septembre 2026, l’Alternative für Deutschland (AfD), un parti d’extrême droite allemand, arrive en tête des élections régionales en Saxe-Anhalt, un Land (région administrative) de l’ex-Allemagne de l’Est. Le 6 octobre 2026, Tobias Rausch est élu président du Landtag (parlement régional) avec le soutien de l’AfD, devenant ainsi le premier président issu d’un parti d’extrême droite en Allemagne depuis 1945. Cette élection marque un tournant politique dans la région, où l’AfD et le Bündnis Sahra Wagenknecht (BSW), un parti populiste de gauche pro-russe, forment une alliance inattendue. Le BSW, dirigé par l’ancienne députée du SPD (Parti social-démocrate), Sahra Wagenknecht, partage avec l’AfD une vision critique de l’aide à l’Ukraine et une rhétorique nationaliste centrée sur le principe « L’Allemagne d’abord ».

Résolution pro-russe adoptée

Le 14 octobre 2026, l’AfD et le BSW adoptent au Landtag de Saxe-Anhalt une « initiative de paix » exigeant l’arrêt de l’aide militaire et financière à l’Ukraine, ainsi que la fin de la protection des réfugiés ukrainiens en Allemagne. Cette résolution, présentée comme un appel à la paix, est en réalité une prise de position pro-russe, car elle ignore la responsabilité de la Russie dans le déclenchement de la guerre en 2022 et minimise les crimes de guerre commis par son armée. Ulrich Siegmund, chef de l’AfD en Saxe-Anhalt et probable futur chef du gouvernement régional, y défend une vision nationaliste où l’Allemagne devrait cesser de « vouloir sauver le monde » et se concentrer sur ses propres problèmes. Le texte est adopté malgré son caractère symbolique, car il ne lie pas juridiquement le gouvernement fédéral, dont l’Allemagne dépend pour ses politiques extérieures.

Arguments économiques invoqués

Ulrich Siegmund justifie sa position par des arguments économiques, affirmant que l’aide à l’Ukraine prive l’Allemagne de ressources nécessaires pour ses propres citoyens. Il cite des chiffres précis : 28 milliards d’euros dépensés pour l’allocation de citoyenneté (Bürgergeld) versée aux Ukrainiens, 7 milliards pour leur hébergement, 6 milliards pour les infrastructures en Ukraine, 23 milliards pour le soutien militaire, et 25 milliards supplémentaires via le budget de l’Union européenne. Selon lui, ces dépenses totalisent 125 milliards d’euros soustraits à l’économie allemande, alors que le Land de Saxe-Anhalt manque de moyens pour des projets sociaux comme des jardins d’enfants gratuits ou des prêts pour jeunes mariés. Cependant, cette analyse est critiquée car elle inclut des dépenses humanitaires, pourtant exclues de la résolution, et ignore les causes structurelles de la crise industrielle allemande, comme la concurrence américaine ou chinoise.

Discours émotionnel et contradictions

Dans son discours, Ulrich Siegmund mêle des éléments émotionnels et des données chiffrées pour appuyer sa cause. Il évoque le coût humain de la guerre, citant 150 000 morts ukrainiens et entre 400 000 et 500 000 morts russes, ainsi que près de 2 millions de blessés ou mutilés. Il présente cette initiative comme un moyen de mettre fin à cette souffrance, tout en condamnant la guerre d’agression russe. Cependant, ses propos contiennent des contradictions : il affirme que les sanctions contre la Russie n’ont eu aucun effet sur le cours de la guerre, alors qu’il condamne simultanément l’invasion. De plus, il attribue la hausse des prix de l’énergie en Allemagne uniquement aux sanctions, sans mentionner d’autres facteurs comme la guerre en Ukraine avant 2022 ou les tensions géopolitiques ailleurs dans le monde.

Alliance transpartisane fragile

L’alliance entre l’AfD et le BSW en Saxe-Anhalt repose sur des intérêts communs, mais reste fragile et opportuniste. Bien que le BSW ait refusé de voter pour Ulrich Siegmund lors de son élection comme président du Landtag, les deux partis s’accordent sur des résolutions symboliques, comme celle du 14 octobre 2026. Cette coopération illustre une convergence entre l’extrême droite et une frange de la gauche populiste autour d’un discours anti-otanien et pro-russe. Cependant, leur influence reste limitée : ensemble, ils ne disposent que de 4 sièges sur 69 au Bundesrat (chambre représentant les Länder au niveau fédéral), ce qui réduit leur capacité à imposer leurs vues au gouvernement central. Leur objectif principal semble être de bloquer le soutien allemand à l’Ukraine, plutôt que de proposer des solutions concrètes pour la Saxe-Anhalt.

Ce que ça pourrait changer

La résolution adoptée en Saxe-Anhalt s’inscrit dans un contexte politique plus large en Allemagne, où l’AfD et le BSW gagnent en influence dans l’ex-Allemagne de l’Est. Ulrich Siegmund présente cette initiative comme un *« signal fort »* pour la paix en Europe, mais son discours est critiqué pour son manque de nuances. Par exemple, il accuse Juliane Kleemann, une députée du SPD, d’être une *« va-t-en-guerre »* punie par les urnes, alors que le SPD a conservé un score stable aux élections de septembre 2026. De plus, l’absence de mention de l’attentat déjoué à l’aéroport de Leipzig en août 2026, attribué aux services de renseignement russes, ou des tentatives de médiation infructueuses de l’administration Trump depuis 2025, montre une vision sélective des causes de la guerre en Ukraine.

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