Démence : la consommation régulière de fromage pourrait avoir un rôle protecteur face à un enjeu crucial de santé mondiale
Une étude japonaise de grande envergure suggère que la consommation régulière de fromage pourrait diminuer le risque de démence chez les personnes âgées. Bien que cette habitude alimentaire ne soit pas une solution miracle, elle pourrait avoir un impact notable dans une société vieillissante..
La démence représente un enjeu majeur de santé publique en raison du vieillissement accéléré de la population mondiale. En 2025, plus de 50 millions de personnes en sont atteintes, un chiffre qui pourrait tripler d’ici 2050 selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le Japon, pays confronté à l’un des taux de vieillissement les plus élevés au monde, illustre cette tendance : 12,3 % de ses habitants âgés de plus de 65 ans vivent déjà avec une démence. Face à l’absence de traitement curatif, les chercheurs s’intéressent aux facteurs modifiables, comme l’alimentation, pour prévenir ou ralentir l’apparition de cette maladie. Cette étude japonaise publiée en 2025 explore ainsi le rôle potentiel du fromage dans la réduction du risque de démence.
Une étude menée par des chercheurs du Centre national de gériatrie et de gérontologie, de l’université de Niimi et de l’université de Chiba a analysé les données de 7 914 personnes âgées de 65 ans ou plus au Japon, suivies entre 2019 et 2022 dans le cadre du programme JAGES (Japan Gerontological Evaluation Study). Les participants ont été divisés en deux groupes : ceux consommant du fromage au moins une fois par semaine (134 cas de démence sur 3 957 personnes, soit 3,4 %) et ceux n’en consommant jamais (176 cas sur 3 957 personnes, soit 4,5 %). Cette différence correspond à une réduction de 24 % du risque relatif de développer une démence. Pour éviter les biais, les chercheurs ont utilisé une méthode statistique appelée propensity score matching, qui permet de comparer des groupes similaires sur des critères comme l’âge, le sexe, les revenus ou l’état de santé. L’étude souligne qu’il s’agit d’une association, et non d’une preuve de causalité.
Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses pour expliquer le lien entre la consommation de fromage et la réduction du risque de démence. Le fromage, surtout lorsqu’il est fermenté, contient des nutriments comme la vitamine K2, qui joue un rôle dans la santé vasculaire et le métabolisme du calcium. Une mauvaise santé vasculaire, comme l’hypertension ou l’athérosclérose, est un facteur de risque connu de démence vasculaire. Le fromage apporte également des protéines et des acides aminés essentiels au fonctionnement des neurones, ainsi que des peptides bioactifs libérés lors de la fermentation, qui pourraient exercer des effets anti-inflammatoires ou antioxydants. Enfin, les fromages fermentés comme le camembert ou le brie contiennent des probiotiques, des micro-organismes vivants bénéfiques pour le microbiote intestinal. Or, un déséquilibre du microbiote est associé à des pathologies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer. Cependant, dans cette étude, 82,7 % des participants consommaient du fromage transformé, moins riche en probiotiques que les fromages affinés.
Les chercheurs ont observé que les consommateurs de fromage avaient tendance à adopter une alimentation globalement plus saine, incluant plus de fruits, légumes, viande et poisson, des aliments eux-mêmes associés à un meilleur vieillissement cognitif. Pour évaluer si l’effet protecteur du fromage était indépendant de cette alimentation équilibrée, les auteurs ont ajusté leurs résultats statistiques. Après correction, la réduction du risque de démence associée au fromage est passée de 24 % à 21 %, ce qui reste significatif. Cela suggère que le fromage pourrait jouer un rôle spécifique, au-delà d’un simple marqueur d’une alimentation saine. La fréquence de consommation semble également importante : 72,1 % des participants en mangeaient une à deux fois par semaine, un apport modéré suffisant pour observer un effet à l’échelle populationnelle.
Cette étude présente plusieurs limites méthodologiques reconnues par ses auteurs. D’abord, la consommation de fromage n’a été évaluée qu’une seule fois, au début de l’étude, sans tenir compte des quantités ni de son évolution dans le temps. Ensuite, les données sur la démence proviennent de certifications administratives d’assurance dépendance, et non de diagnostics médicaux cliniques, ce qui limite la précision des résultats. De plus, l’étude n’a pas pris en compte des facteurs génétiques comme l’APOE ε4, un gène connu pour augmenter le risque de maladie d’Alzheimer. Enfin, le contexte japonais, où la consommation de fromage est faible (2,7 kg par personne et par an), pourrait amplifier l’impact d’un apport modéré par rapport à des pays où la consommation est plus élevée. Malgré ces limites, les chercheurs estiment que leurs résultats justifient des recherches supplémentaires sur les effets spécifiques des différents types de fromage et leurs interactions avec d’autres facteurs de risque. À terme, ces travaux pourraient inspirer des recommandations alimentaires ciblées pour prévenir le déclin cognitif.

