Immigration Canada : 195 diplômés Français refusés… à cause du français
Immigration Canada a refusé 195 Français pour n’avoir pas fourni un test à cause d’instructions confuses..
Depuis le 1er novembre 2024, le gouvernement canadien impose un test de langue pour obtenir un permis de travail postdiplôme (PTPD), quel que soit le pays d’origine ou la langue maternelle du candidat. Ce test vise à évaluer les compétences en français ou en anglais, selon la langue principale du pays où le diplôme a été obtenu. Le PTPD permet aux étudiants étrangers diplômés au Canada de travailler temporairement dans des secteurs en tension comme la santé, le transport, l’éducation ou l’ingénierie. Cependant, cette mesure a créé une confusion majeure : bien que le test soit obligatoire, le site officiel d’Immigration Canada (IRCC) indiquait initialement que les résultats étaient facultatifs, ce qui a trompé de nombreux candidats.
Entre fin 2025 et mai 2026, 4 200 demandes de PTPD ont été refusées en raison de cette confusion administrative, dont 195 concernaient des citoyens français. Ces refus s’expliquent par l’absence de résultats de test de langue dans les dossiers, alors que beaucoup de candidats possédaient pourtant ce document. Selon Me Yves Martineau, coprésident de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI), cette situation touche aussi bien les francophones que les anglophones. Le problème vient d’un manque de clarté dans les instructions : jusqu’à récemment, le site de l’IRCC ne permettait même pas d’ajouter les résultats du test, et la formulation actuelle reste ambiguë. Les délais de traitement des demandes, qui pouvaient atteindre neuf mois, ont aussi retardé les refus, souvent attribués à des erreurs administratives plutôt qu’à un manque de compétences.
Lucie Cézar, une infirmière auxiliaire française diplômée au Québec, a vécu cette situation de manière concrète. Son permis de travail lui a été refusé fin juillet 2026 pour un test de français manquant, alors qu’elle avait coché toutes les cases requises. Conséquence directe : elle n’a pas pu travailler pendant plus d’un mois, tout comme son conjoint, dont la demande était liée à la sienne. Lucie décrit un sentiment de trahison, car elle avait respecté toutes les règles. Après avoir contesté le refus, elle a finalement obtenu son permis fin août, mais a dû engager des démarches administratives coûteuses (1 600 $) pour régulariser sa situation. Son conjoint, lui, attend toujours une réponse. Ce cas illustre les impacts humains et économiques de ces refus, bien au-delà des simples coûts administratifs.
Le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté du Canada (IRCC) confirme que 5 % des demandes de PTPD traitées entre janvier et mai 2026 ont été refusées, soit 221 315 demandes au total avec 205 280 approbations. L’IRCC rappelle que la responsabilité de fournir un dossier complet incombe au demandeur. Cependant, un agent peut contacter un candidat pour demander des documents manquants, selon les circonstances. L’AQAADI plaide pour une approche plus humaine : plutôt que de refuser immédiatement une demande incomplète, le ministère devrait avertir le candidat pour lui donner une chance de régulariser son dossier. Pourtant, trois semaines après les demandes de Radio-Canada, le site de l’IRCC n’avait toujours pas été mis à jour pour clarifier la situation.
Les refus massifs s’expliquent aussi par les délais de traitement des demandes. La mesure est entrée en vigueur le 1er novembre 2024, et les premiers diplômés concernés ont obtenu leur diplôme en juin 2025. Avec des délais de traitement pouvant atteindre neuf mois, les premières décisions de refus sont tombées en 2026. Les candidats disposent de 180 jours après l’obtention de leur diplôme pour faire une demande de PTPD, et de 90 jours après l’expiration de leur permis d’études. Ces contraintes temporelles ajoutent une pression supplémentaire sur les demandeurs, déjà confrontés à des procédures complexes et coûteuses. Les 165 refus de Français entre janvier et mai 2026 reflètent cette accumulation de retards et de malentendus.

