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Économie

Le Sénégal craint le traitement de choc du FMI pour liquider sa « dette cachée »

Alternatives Économiques · mis à jour il y a 29 j

Dakar a signé un accord avec le FMI pour redresser sa dette. Si la cure d'austérité est moins sévère que dans les années 1980, le pays commence déjà à réduire la voilure dans les administrations.

Dette cachée révélée

En début d'année 2025, le Sénégal a découvert une dette cachée (ou non déclarée) de 7 milliards de dollars (6,1 milliards d'euros), contractée par l'administration précédente. Cette révélation a transformé le pays en l'un des plus endettés d'Afrique, avec une dette publique représentant 132 % de son PIB (Produit Intérieur Brut, valeur totale des biens et services produits dans le pays). Cette dette cachée a provoqué une méfiance des marchés financiers internationaux, rendant plus difficile et coûteux pour le Sénégal de se financer. En août 2026, l'agence de notation Moody's a dégradé pour la quatrième fois en deux ans la note souveraine du pays, la faisant passer de Caa1 à Caa2 (une note indiquant une obligation de très mauvaise qualité, donc un risque élevé pour les investisseurs).

Accord avec le FMI

Après plus de deux ans de négociations, le Sénégal et le Fonds Monétaire International (FMI, une institution internationale qui prête de l'argent aux pays en difficulté et impose des réformes économiques) ont signé un accord le 2 septembre 2026. Cet accord prévoit un financement de 2,2 milliards de dollars (1,9 milliard d'euros) sur trois ans. En échange, Dakar doit accepter un plan de restructuration de la dette, une opération qui vise à réduire ou rééchelonner les dettes du pays pour éviter un défaut de paiement. Ce plan concerne notamment 5 milliards d'eurobonds (4,4 milliards d'euros), des obligations émises en devises étrangères. Plusieurs solutions sont envisagées, comme allonger la durée des prêts ou échanger des titres de dette contre d'autres instruments financiers. La dette libellée en franc CFA (la monnaie utilisée par plusieurs pays africains, dont le Sénégal) n'est pas concernée par ce plan pour éviter une crise bancaire régionale.

Réduction des dépenses

Pour respecter les conditions du FMI, le Sénégal s'engage à réduire ses dépenses publiques. D'ici fin novembre 2026, dix-neuf agences publiques seront supprimées et certaines structures fusionnées, ce qui pourrait entraîner des suppressions d'emplois parmi les fonctionnaires. Le gouvernement sénégalais affirme que ces mesures ne sont pas imposées par le FMI, mais résultent d'un plan de redressement mis en place depuis la découverte de la dette cachée. Ce plan vise à augmenter les recettes (les revenus de l'État) et à réduire fortement les dépenses. Grâce à ces efforts, le déficit public (la différence entre les dépenses et les recettes de l'État) est passé de 13,4 % à 6,3 % du PIB en 2025. Cependant, ces mesures suscitent des craintes, car elles pourraient aggraver les conditions de vie de la population.

Réforme des subventions

Le FMI a obtenu que le Sénégal réforme les subventions énergétiques, qui coûtent plus de 700 milliards de francs CFA (1 milliard d'euros) depuis le début de l'année 2026. Ces subventions permettent de maintenir les prix de l'énergie (comme le pétrole) à un niveau abordable pour les ménages. Le gouvernement souhaite réduire ces subventions générales et mieux les cibler pour aider uniquement les ménages les plus modestes. Le Premier ministre sénégalais, Ahmadou Al Aminou Lô, a assuré que ces réformes ne sacrifieront pas les intérêts des Sénégalais et qu'il n'y aura pas d'ajustement sauvage (mesures d'austérité brutales) comme dans les années 1980. Pourtant, cette réforme suscite des inquiétudes, car elle pourrait entraîner une hausse des prix pour une partie de la population.

Risque d'austérité

Les mesures imposées par le FMI font craindre un retour des programmes d'ajustement structurel (PAS), des plans d'austérité appliqués en Afrique dans les années 1980 et 1990. Ces programmes visaient à réduire la dette des pays en crise, mais ont souvent eu des conséquences sociales graves : coupes budgétaires dans l'éducation et la santé, privatisations massives et libéralisation forcée des marchés. Au Sénégal, ces politiques ont provoqué sept récessions (périodes de ralentissement économique) en seize ans, entraînant une hausse de la pauvreté. Bien que le FMI ait reconnu depuis que ces solutions n'étaient pas adaptées, les craintes persistent quant à l'impact des nouvelles mesures sur la population sénégalaise.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les restructurations de dette, des économistes alertent sur le risque de voir le problème se reproduire. La *structure financière actuelle* du Sénégal, qui repose sur un endettement en devises étrangères (comme l'euro ou le dollar), favorise des crises récurrentes. Tant que le pays ne développe pas suffisamment ses capacités exportatrices (pour générer des devises), il risque de se retrouver à nouveau en difficulté d'ici 15 à 20 ans, même si sa dette actuelle était entièrement annulée. Cette situation est illustrée par l'exemple de la Zambie, qui a fait défaut de paiement en 2020 et a dû restructurer sa dette. Selon une étude de 2026, les ajustements budgétaires imposés à ce pays ont entraîné une hausse des prix de 71,3 % pour le kérosène et de 110 % pour la farine de maïs (un aliment de base) entre janvier 2022 et juillet 2024, aggravant la précarité des ménages.

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