La Palma, une île volcanique en convalescence 2/5 : La reconstruction
La reconstruction est-elle un épisode à n’en plus finir ? Et si les infrastructures routières, amplement achevées, allaient entraîner une surdensité de logements et d’entreprises ? Surprenant consensus entre le gouvernement central socialiste et les autorités locales de La Palma, de centre-droit..
Cinq ans après l'éruption volcanique de 2021 qui a ravagé La Palma, aux îles Canaries, la reconstruction des infrastructures et des habitations reste un processus complexe et inachevé. Les travaux routiers, bien qu'avancés, soulèvent des questions sur leur impact à long terme. En effet, l'amélioration des axes routiers pourrait entraîner une augmentation de la densité de logements et d'entreprises dans les zones touchées, créant ainsi une surcharge des territoires déjà fragilisés. Cette situation suscite des interrogations sur la planification urbaine et la gestion des ressources locales. Les autorités locales, dirigées par le Conseil insulaire de La Palma (de centre-droit), et le gouvernement central espagnol (socialiste, PSOE) semblent partager un consensus sur la nécessité de reconstruire, mais les défis logistiques et financiers persistent.
Francisco, un habitant de 40 ans, incarne la détermination des sinistrés. Malgré la destruction de sa maison sous 12 mètres de lave à El Paso, il refuse de quitter les lieux et envisage de reconstruire son domicile juste au-dessus des coulées de lave solidifiées. Son cas illustre le lien émotionnel et matériel des habitants avec leur terre, malgré les risques. Francisco n'est pas un cas isolé : de nombreux évacués reviennent sur les sites dévastés, comme en témoignent les images de Francisco marchant sur les terrains encore instables. Ces retours illustrent à la fois la résilience des populations et les dilemmes auxquels elles sont confrontées, entre attachement à leur patrimoine et sécurité.
Hector Izquierdo, chargé de mission pour la reconstruction au sein du gouvernement central espagnol (PSOE), met en avant les défis techniques liés à la construction de routes à 2x2 voies sur des terrains recouverts de lave brûlante. Ces infrastructures, une fois achevées, pourraient servir de modèle exportable pour d'autres régions confrontées à des catastrophes naturelles similaires. Cependant, leur coût exorbitant et leur complexité technique posent des questions sur la durabilité des solutions proposées. Les pelleteuses, engagées dans des travaux de terrassement, symbolisent à la fois l'urgence de la reconstruction et les coûts économiques associés, qui pourraient peser sur les finances locales et nationales.
Sergio Rodriguez, président du Conseil insulaire de La Palma (Coalicion Canaria, centre-droit), souligne l'importance de la récupération du patrimoine perdu pour relancer l'économie locale. Les infrastructures, comme les routes, jouent un rôle clé dans la reprise des activités économiques, notamment agricoles. Carlos, un exploitant de bananeraies à Puerto Naos, illustre cette dépendance : son activité, comme celle de nombreux autres agriculteurs, repose sur des coopératives comme celle de Los Llanos de Aridane, où des chantiers de reconstruction sont en cours. La banane, principale culture de l'île, est un pilier économique, et sa relance est essentielle pour la survie des communautés locales.
Malgré les efforts de reconstruction, le désarroi des sinistrés reste palpable. Eva, une habitante de Los Llanos de Aridane, vit toujours dans un logement préfabriqué en août 2026, cinq ans après l'éruption. Son cas n'est pas unique : de nombreux habitants, privés de leurs logements, dépendent encore de solutions temporaires, faute de moyens ou de solutions durables. Ce retard dans la reconstruction soulève des questions sur l'efficacité des politiques mises en place et sur la capacité des institutions à répondre aux besoins des populations les plus vulnérables. Les préfabriqués, bien que nécessaires, ne constituent qu'une solution palliative, loin de la normalité espérée.

