Mosquée de Tsingoni : l'archéologie suit le Coran
À Mayotte, les murs de la mosquée de Tsingoni ont parlé. Dans la plus ancienne mosquée de France encore en activité, des archéologues ont mis au jour des pages de Coran cachées dans un mur, et huit siècles d'histoire enfouis sous les pierres de ce lieu de culte à la croisée des civilisations..
La mosquée de Tsingoni, située à Mayotte sur la côte ouest de la Grande Terre, est la plus ancienne mosquée encore en activité en France. Construite en pierre, elle remonte au dernier tiers du XIIe siècle, soit plusieurs siècles avant l'arrivée des sultans shiraziens qui ont marqué l'histoire de l'île. Cet édifice, avec ses baies en accolades caractéristiques, témoigne d'une époque où l'islam s'est diffusé en Afrique de l'Est par les routes maritimes, sans conquête militaire. La mosquée a connu cinq grandes phases de construction et d'évolution jusqu'à sa monumentalisation au XVIe siècle. En 2023, une équipe de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a mené une fouille de deux mois et demi pour étudier ce site historique.
Mayotte et sa mosquée de Tsingoni se trouvent au cœur d'un carrefour culturel majeur dans l'océan Indien. L'île est le résultat d'un mélange entre la culture swahilie, née dès le IXe-Xe siècle du commerce entre marchands arabo-persans et populations bantoues d'Afrique de l'Est, et des influences austronésiennes venues d'Asie du Sud-Est ainsi que bantoues d'Afrique centrale. L'islamisation de la région s'est faite progressivement, portée par les échanges maritimes. Le sultanat de Tsingoni, qui s'est développé à partir des XVe-XVIe siècles, est dit shirazien, un terme qui désigne une lignée souvent revendiquée le long de la côte est-africaine. Cependant, l'archéologie questionne aujourd'hui la part de légende et celle d'histoire dans ce récit.
Lors des fouilles de 2023, les archéologues ont fait une découverte exceptionnelle : des fragments de pages de Coran, pliées et cachées dans une niche murée de la mosquée. Ces pages, accompagnées d'un clou de charpente, étaient disposées comme un geste votif de protection. Cette pratique s'apparente aux ziara mahoraises, des rituels locaux qui mêlent islam et traditions ancestrales. Les fragments ont été soigneusement stabilisés puis dépliés pour être étudiés. Cette découverte illustre le syncrétisme religieux et culturel de Mayotte, où différentes influences se croisent depuis des siècles.
Les fouilles archéologiques menées à la mosquée de Tsingoni ont été dirigées par Justine Saadi, archéologue à l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives). Ces travaux s'inscrivent dans le cadre d'un diagnostic réalisé en 2016, qui avait déjà révélé des traces d'occupation anciennes. La fouille de 2023 a permis de dater précisément la première mosquée en pierre et de retracer huit siècles d'histoire enfouis sous les pierres. L'Inrap est un organisme public français chargé de réaliser des fouilles archéologiques préventives avant des travaux d'aménagement, afin de préserver le patrimoine.

