Hausse de la taxe de départ : les touristes, poule aux œufs d’or de l’État japonais
Dans un pays vieillissant et très endetté, toute augmentation fiscale implique des risques politiques énormes. Faute de moyens, le ministère des Finances tente d’exploiter les touristes étrangers, estiment les médias du pays.
Le 1er juillet 2026, le gouvernement japonais a triplé la taxe de départ (shukkokuzei), passant de 1 000 yens (5,40 €) à 3 000 yens (16 €) pour toute personne quittant le pays. Cette taxe s’applique à tous les voyageurs, y compris les Japonais, mais les médias locaux soulignent que les touristes étrangers en sont la cible principale. En 2025, le Japon a accueilli 42 millions de visiteurs internationaux contre seulement 14 millions de Japonais partis à l’étranger. Cette mesure vise à générer des revenus supplémentaires estimés à 70 milliards de yens par an, soit plus de 370 millions d’euros. Pour limiter les critiques internes, le gouvernement a parallèlement réduit les frais d’obtention de passeport pour les résidents japonais.
Lors de l’annonce de la hausse de la taxe, le ministère des Finances japonais avait justifié cette décision en déclarant que les fonds supplémentaires seraient utilisés pour « lutter contre le surtourisme ». Le surtourisme désigne une affluence excessive de visiteurs dans certaines zones, entraînant des problèmes comme la dégradation des sites culturels ou la hausse des prix pour les habitants. Cependant, moins de deux mois après l’application de la taxe, le quotidien Asahi Shimbun a révélé que les fonds collectés étaient en réalité réaffectés à d’autres priorités. Parmi ces dépenses figurent la lutte contre les attaques d’ours dans les régions reculées et l’élimination d’insectes nuisibles menaçant les cerisiers, arbres emblématiques du pays.
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte économique difficile pour le Japon. Le pays est marqué par un vieillissement accéléré de sa population et un niveau d’endettement public très élevé, ce qui limite les marges de manœuvre du gouvernement. Toute augmentation des impôts est donc politiquement risquée, car elle peut susciter des mécontentements parmi les citoyens. En ciblant les touristes étrangers, qui représentent une manne financière importante, l’État cherche à éviter une nouvelle hausse des taxes pour les résidents japonais. Cette approche permet de générer des revenus sans alourdir directement la pression fiscale sur la population locale.
Les médias japonais soulignent que cette décision reflète une volonté de l’État de transformer les touristes en une « poule aux œufs d’or ». En effet, les visiteurs internationaux dépensent en moyenne 150 € par jour au Japon, ce qui en fait une source de revenus non négligeable pour l’économie locale. Cependant, cette hausse de la taxe de départ pourrait aussi avoir des conséquences négatives. Elle risque d’inciter certains voyageurs à privilégier d’autres destinations moins chères, ou à réduire la durée de leur séjour. Par ailleurs, cette mesure pourrait être perçue comme une tentative de profiter des touristes, ce qui pourrait nuire à l’image du Japon en tant que pays accueillant.

