L'Instant poésie de Séphora Pondi : “Les Armoires vides”, d’Annie Ernaux, au cœur et à corps
Intime et fondateur, le premier roman d’Annie Ernaux, Prix Nobel de littérature en 2022, a percuté Séphora Pondi par son économie du langage, sa simplicité mais aussi et surtout son écriture charnelle à l’excès..
Les Armoires vides est le premier roman publié par Annie Ernaux en 1974. Cette œuvre a été qualifiée par l'autrice elle-même de « livre fondateur » car elle contient presque tous les thèmes qui marqueront son œuvre future. Ce roman a marqué Séphora Pondi, comédienne et écrivaine, lors de sa lecture au lycée. Elle a été frappée par la simplicité du style, l'économie des moyens littéraires utilisés et la force à la fois littéraire et politique du texte. Annie Ernaux, lauréate du Prix Nobel de littérature en 2022, y aborde des sujets comme la condition des classes modestes, les difficultés matérielles du quotidien et les formes de solidarité propres à ces milieux. Le roman suit Denise Lesur, une étudiante en lettres confrontée à un avortement clandestin, qui replonge dans ses souvenirs d'enfance et d'adolescence pour retracer son parcours de transfuge de classe, c'est-à-dire une personne issue d'un milieu modeste qui accède à un milieu social plus favorisé.
Séphora Pondi souligne l'écriture « charnelle » et « muqueuse » d'Annie Ernaux dans Les Armoires vides, une caractéristique qu'elle apprécie particulièrement. Cette écriture plonge le lecteur dans les sensations physiques et émotionnelles des personnages, notamment à travers l'évocation de la sexualité féminine. Pour Séphora Pondi, qui a grandi dans un foyer où la sexualité était un sujet tabou, ce traitement du désir et du corps féminin a été une révélation. Le roman aborde sans détour la sexualité d'une jeune femme, Denise, confrontée à des normes sociales strictes et à une éducation religieuse culpabilisante. L'extrait cité dans l'article illustre cette tension entre désir et interdits, avec des images fortes comme « une horrible bête grandit entre mes jambes », reflétant la honte et la peur associées à la sexualité féminine dans les années 1950-1960 en France.
Dans Les Armoires vides, les « armoires vides » deviennent un symbole central. Elles représentent à la fois la pauvreté matérielle vécue par Denise et sa famille, issue d'un milieu modeste, et les privations affectives et sociales subies par cette jeune femme en quête d'émancipation. Le roman dépeint également le contexte social de l'époque, marqué par des inégalités de classe et des difficultés économiques. Denise, en tant que transfuge de classe, incarne les tensions entre son milieu d'origine et son aspiration à une vie intellectuelle et sociale plus élevée. Le récit met en lumière les solidarités qui existent au sein des classes populaires, tout en soulignant les obstacles structurels qui limitent leur ascension sociale. Ce roman s'inscrit dans une période où la littérature française commence à explorer davantage les questions de classe et de genre.
Les Armoires vides a été publié en 1974 et est aujourd'hui considéré comme un classique de la littérature française contemporaine. Annie Ernaux, autrice prolifique, a continué à explorer des thèmes similaires dans ses œuvres ultérieures, ce qui lui a valu une reconnaissance internationale, culminating avec le Prix Nobel de littérature en 2022. Séphora Pondi, qui a découvert ce roman au lycée, en a été profondément marquée, au point de le citer comme une influence majeure dans son parcours. Le roman a également inspiré des adaptations, comme le film Mémoire de fille, réalisé par Judith Godrèche et sorti en salles le 30 septembre 2025. Par ailleurs, depuis septembre 2025, la collection de podcasts L'Instant poésie a été adaptée en un livre de 300 pages aux Éditions Seghers, incluant les commentaires des intervenants, les poèmes sélectionnés et des illustrations.
Un extrait des *Armoires vides* est cité dans l'article pour illustrer le style d'Annie Ernaux. Il décrit une scène où Denise, après avoir été confrontée à sa sexualité naissante, se sent coupable et honteuse. Le passage *« Une horrible bête grandit entre mes jambes, plate, rouge comme une punaise, « immonde » »* utilise un langage cru et visuel pour évoquer la peur et la honte associées à la sexualité féminine à l'époque. Denise se sent rejetée par ses pairs et isolée, avec l'impression que *« personne ne glissait le doigt dans le quat’sous »*, une expression argotique désignant une activité sexuelle. Ce texte, lu par Julie Hega, montre comment Ernaux mêle réalisme social et introspection psychologique, offrant une plongée dans les émotions et les contradictions d'une jeune femme en quête d'identité.

