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Philosophie

Des politiques du XXIe siècle au nom de la vulnérabilité

AOC Media · mis à jour 24 sept.

Les politiques de gauche gagneraient à penser notre système capitaliste autoritaire et maxi-productiviste autour de la notion de « vulnérabilité ». Celle-ci est le point de départ de politiques « plastiques », qui se destinent à une autre finalité que la défense du profit.

Vulnérabilité clé politique

Fabienne Brugère, philosophe et professeure à l’université Paris 8, propose d’intégrer la notion de vulnérabilité comme fondement des politiques de gauche au XXIe siècle. Ce terme désigne les situations où des individus, des groupes ou des systèmes sont exposés à des risques majeurs (climatiques, sociaux, économiques, géopolitiques) et peinent à y faire face. Selon elle, cette approche permettrait de dépasser le cadre traditionnel du capitalisme autoritaire et maxi-productiviste, qui privilégie la croissance économique et le profit au détriment du bien-être collectif. Une politique fondée sur la vulnérabilité chercherait à transformer ces risques en opportunités de changement, en plaçant l’humain et son environnement au centre des décisions. Par exemple, face à des crises comme les incendies en Gironde (étés 2022 et 2026), elle suggère des réponses adaptées plutôt qu’une simple gestion de crise.

Exemples concrets

L’auteure illustre sa proposition par plusieurs exemples récents en France et en Europe. D’abord, les graves incendies de Gironde en 2022 et 2026 révèlent des vulnérabilités climatiques nécessitant des politiques chirurgicales et urgentes, mais aussi une réflexion sur l’habitabilité des territoires. Ensuite, un rapport de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) publié en 2026 indique que la France, autrefois leader en santé néonatale dans les années 1990, affiche désormais un taux de mortalité infantile de 4,1 décès pour 1 000 naissances, la plaçant au 23e rang de l’Union européenne. Enfin, la vulnérabilité géopolitique des alliés de l’Ukraine est soulignée après l’attaque d’un avion militaire allemand à Leipzig en août 2026, révélant des failles dans la sécurité européenne. Ces cas montrent que les vulnérabilités, qu’elles soient climatiques, sociales ou géopolitiques, exigent des réponses ciblées et collectives.

Ce que ça pourrait changer

Pour Fabienne Brugère, répondre à une vulnérabilité ne se limite pas à la gérer : il s’agit de la *transformer* en levier de changement. Cela implique de considérer les alertes (comme les féminicides en France, dont le nombre ne diminue pas malgré les mobilisations) comme des signaux nécessitant une action collective. Par exemple, face à l’augmentation des féminicides, les politiques publiques devraient intégrer des mesures structurelles plutôt que des réponses ponctuelles. L’auteure insiste sur l’idée que ces transformations doivent être *plastiques*, c’est-à-dire flexibles et adaptables, pour s’ajuster aux réalités changeantes. En somme, une politique de la vulnérabilité vise à passer d’une logique de gestion des risques à une logique de réparation et de reconstruction, en plaçant la solidarité au cœur des priorités.

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