Rhinocéros de Sumatra et de Java, une course contre la montre pour éviter leur extinction
Le rhinocéros de Sumatra (*Dicerorhinus sumatrensis*) est en voie critique d’extinction. Izullkifli/Shutterstock (no reuse) L’ESSENTIEL Il ne reste que quelques dizaines de rhinocéros de Sumatra en vie et environ 50 rhinocéros de Java, tous en Indonésie.
Les rhinocéros de Sumatra et de Java sont aujourd'hui les mammifères les plus rares au monde, classés en danger critique d'extinction. Le rhinocéros de Sumatra (Dicerorhinus sumatrensis), reconnaissable à sa petite taille et à son pelage dense, ne compte plus que moins de 50 individus, tous situés en Indonésie. Le rhinocéros de Java (Rhinoceros sondaicus), plus grand et sans poils, n'est plus présent qu'à environ 50 exemplaires dans le parc national d'Ujung Kulon, sur l'île de Java. Ces chiffres sont issus du rapport 2026 de l'International Rhino Foundation, qui souligne l'urgence de leur protection. Leur situation est d'autant plus préoccupante que ces espèces sont souvent méconnues du grand public, contrairement à d'autres rhinocéros comme ceux d'Afrique ou d'Inde.
Deux menaces majeures pèsent sur ces rhinocéros : le braconnage et la fragmentation de leurs habitats. Le braconnage est motivé par la demande en corne de rhinocéros, utilisée en médecine traditionnelle asiatique et désormais comme symbole de statut social, notamment en Chine et au Vietnam. Entre 2019 et 2023, 26 rhinocéros de Java auraient été tués par des braconniers. La fragmentation des habitats, due à l'expansion des activités humaines, isole les individus, réduisant leurs chances de reproduction. Par exemple, les rhinocéros de Sumatra sont dispersés en petites sous-populations, rendant les rencontres entre mâles et femelles extrêmement rares. De plus, le parc d'Ujung Kulon, où vivent les rhinocéros de Java, est situé près de zones sismiques, exposant l'espèce à des risques de catastrophes naturelles comme les tsunamis.
Pour contrer ces menaces, des sanctuaires ont été créés, comme le sanctuaire des rhinocéros de Sumatra dans le parc national de Way Kambas, où dix individus vivent en semi-captivité sous haute surveillance. Ces espaces offrent une protection contre le braconnage, une alimentation adaptée et des soins vétérinaires. La reproduction, naturelle ou assistée, est un processus long : la gestation dure environ 16 mois, et les femelles peuvent mettre plusieurs années avant de se reproduire à nouveau. Malgré ces défis, des succès ont été enregistrés, avec cinq naissances de rhinocéros de Sumatra entre 2012 et 2023, et deux nouvelles gestations annoncées en 2024. Côté Java, cinq petits seraient nés ces dernières années dans le parc d'Ujung Kulon, selon des images de pièges photographiques.
La lutte contre le braconnage repose sur des campagnes de sensibilisation pour rendre l'achat de cornes socialement inacceptable, ainsi que sur des opérations policières ciblées contre les réseaux criminels. En Indonésie, les condamnations des braconniers se multiplient, mais cela ne suffit pas à garantir la survie des rhinocéros. La protection et la restauration des habitats sont essentielles, tout comme la translocation, une technique consistant à déplacer des individus vers des zones où ils pourraient se reproduire. Une étude récente explore cette option pour réintroduire les rhinocéros dans des régions d'Asie du Sud-Est où ils avaient disparu. Ces mesures nécessitent des financements durables et un engagement politique fort, ainsi que l'implication des communautés locales, qui pourraient bénéficier de l'écotourisme.
Plusieurs acteurs jouent un rôle central dans la protection de ces espèces. L'*International Rhino Foundation*, une organisation internationale, coordonne les efforts de conservation et gère des sanctuaires comme celui de Way Kambas. Les gouvernements, notamment indonésien, mettent en place des lois et des opérations policières pour lutter contre le braconnage. Les communautés locales sont encouragées à participer à la protection des rhinocéros en tirant des bénéfices économiques de l'écotourisme. Enfin, les scientifiques et les vétérinaires spécialisés en faune sauvage, comme l'auteur de l'article, contribuent à la recherche et à la gestion des populations en captivité ou en milieu naturel.

