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Culture

Tiago Rodrigues, que du théâtre ! 5/5 : Le théâtre

France Culture - Savoirs · mis à jour 3 juil.

Entre art de la présence et engagement politique sans dogmatisme, Tiago Rodrigues défend un théâtre qui dépose les drames du monde et refuse de se taire, à l'image d'Hécube devenue chienne errante et continue d'aboyer..

Théâtre comme art politique

Tiago Rodrigues, dramaturge et metteur en scène portugais, considère le théâtre comme un art politique par essence. Pour lui, cette forme d’art ne se contente pas d’être un divertissement ou une distraction, mais devient un espace où les questions sociales, historiques et éthiques sont mises en débat. Contrairement à un militantisme simpliste ou dogmatique, son approche explore les dilemmes politiques sans imposer de réponses toutes faites. Par exemple, sa pièce Trois Doigts sous le genou aborde la censure sous la dictature de Salazar au Portugal, tandis que Catarina et la beauté de tuer des fascistes interroge les démocraties libérales face à la montée de l’extrême droite. Ces œuvres illustrent comment le théâtre peut être un outil de réflexion collective, loin des écrans et des algorithmes, en réunissant des corps et des esprits dans un même lieu et un même temps.

Théâtre comme espace de présence

Pour Tiago Rodrigues, le théâtre est avant tout un art de la présence, un lieu où des individus se rassemblent pour partager une expérience commune. Dans un monde dominé par les écrans et les interactions virtuelles, il défend la nécessité d’un espace physique où l’imprévu, la fragilité et la poésie émergent naturellement. Ce concept s’oppose à l’idée d’une utilité immédiate du théâtre : il ne s’agit pas de divertir ou d’instruire, mais d’offrir une expérience humaine authentique. Rodrigues compare cette dynamique à une assemblée humaine, où la mémoire collective s’invente et se transmet. Par exemple, son spectacle Hécube, pas Hécube, créé avec la Comédie-Française, met en scène des personnages qui refusent le silence, comme Hécube devenue chienne errante et continuant d’aboyer, symbolisant la résistance par la parole.

Engagement sans dogmatisme

L’engagement politique de Tiago Rodrigues dans son théâtre se distingue par son refus du dogmatisme. Ses pièces ne prônent pas de solutions toutes faites, mais posent des questions complexes, souvent sans réponse unique. Par exemple, Catarina et la beauté de tuer des fascistes illustre le dilemme des démocraties libérales face à l’extrême droite : faut-il adopter les méthodes de l’adversaire pour le combattre, ou rester fidèle à ses valeurs et risquer d’être vaincu ? Cette approche reflète une volonté de ne pas simplifier les enjeux politiques, mais de les explorer dans toute leur nuance. Rodrigues insiste sur le fait que le théâtre doit être un lieu de questionnement, où la poésie et le mystère permettent de faire surgir des interrogations qui mènent à l’action, sans imposer de réponses.

Œuvres clés et symboles

Plusieurs œuvres de Tiago Rodrigues incarnent sa vision du théâtre comme art politique et espace de présence. Trois Doigts sous le genou (non daté) explore la censure sous la dictature portugaise de Salazar, un régime autoritaire qui a régné de 1932 à 1968. Catarina et la beauté de tuer des fascistes (2026) interroge les limites de la démocratie face à la montée des extrémismes, en posant la question de la légitimité des moyens utilisés pour lutter contre l’injustice. Enfin, Dans la mesure de l’impossible (date non précisée) est née de rencontres avec des travailleurs humanitaires, reflétant une volonté de donner une voix à ceux qui agissent sur le terrain. Ces pièces montrent comment Rodrigues dépose les drames du monde sur scène, en mettant des mots sur ce que la vie seule ne suffit pas à exprimer.

Ce que ça pourrait changer

Tiago Rodrigues a été récompensé pour son travail, notamment avec le *Molière du meilleur auteur francophone* pour son spectacle *Hécube, pas Hécube*. Ce prix souligne la reconnaissance de son approche unique, mêlant poésie, engagement politique et art de la présence. Créé avec les membres de la troupe de la Comédie-Française lors de la 78e édition du Festival d’Avignon (2026), ce spectacle met en scène Nadia, un personnage qui refuse de se taire, incarnant la résistance par la parole. Cette récompense témoigne de l’impact de son travail sur la scène théâtrale francophone et internationale, tout en confirmant l’importance de son approche artistique dans le débat public.

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