Dans les lycées de Seine-Saint-Denis, une offre scolaire rétrécie
Moins de lycées et d'enseignants, une offre pédagogique bien en deçà de celle de Paris et des Hauts-de-Seine : en Seine-Saint-Denis plus qu'ailleurs, les inégalités scolaires frappent les élèves du secondaire..
L’article met en lumière des disparités marquées dans l’offre scolaire entre les lycées de Seine-Saint-Denis et ceux de Paris ou des Hauts-de-Seine. Ces inégalités touchent principalement les moyens humains et l’accès aux formations. Par exemple, les académies de Créteil et Versailles, qui couvrent l’Île-de-France hors Paris, ont connu une forte croissance du nombre d’élèves, mais les effectifs enseignants n’ont pas suivi cette tendance. Les lycées de Seine-Saint-Denis, souvent très défavorisés socialement, manquent cruellement de ressources par rapport à ceux de Paris, où tous les élèves ont accès à au moins cinq lycées généraux et technologiques de secteur, dont certains sont très favorisés. L’indice de position sociale (IPS), un indicateur mesurant le niveau socio-économique des établissements, est inférieur à 91,2 pour 59% des lycées de Seine-Saint-Denis, contre seulement 5% en France métropolitaine.
L’offre de formations proposées dans les lycées de Seine-Saint-Denis est bien moins diversifiée que dans les départements voisins. Seuls 37% des élèves de ce département ont accès, dans leur secteur, aux treize doublettes de spécialités les plus populaires en terminale, contre 80% dans les Hauts-de-Seine et 100% à Paris. De même, l’accès aux langues vivantes est inégal : les élèves de Seine-Saint-Denis disposent de moins d’options que ceux des autres départements. À l’inverse, l’offre de formations professionnelles y est plus étoffée. Cette situation s’explique en partie par le manque de moyens humains et financiers, qui limite la capacité des établissements à proposer des parcours variés. Les chercheurs soulignent que cette restriction de l’offre pédagogique peut renforcer le sentiment d’injustice territoriale chez les lycéens.
L’accès aux formations post-bac est particulièrement inégal entre les départements. Par exemple, 82% des jeunes disposent d’un lycée de secteur proposant une section de technicien supérieur (STS), mais seulement 28% peuvent accéder à un lycée accueillant une classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE). À titre de comparaison, cette proportion atteint 53% dans les Hauts-de-Seine et 100% à Paris. Les auteurs de l’étude estiment que cette disparité contribue à forger la réputation des établissements et influence les choix des familles, qui perçoivent un accès plus facile au supérieur dans certains lycées. Le Val-de-Marne présente des inégalités similaires, mais avec des lycées moins ségrégués socialement.
Face à ces constats, les auteurs du rapport, Youssef Souidi, Louise Demoury et Axel Guironnet, proposent des pistes pour réduire ces inégalités. Ils soulignent notamment la nécessité de réviser la carte des formations professionnelles et de repenser la sectorisation, afin de limiter l’impact du critère géographique sur les choix des élèves. Une baisse démographique est attendue dans les lycées de Seine-Saint-Denis d’ici les années 2030, ce qui pourrait offrir une opportunité de réorganiser l’offre scolaire. L’objectif est d’élargir les possibilités de choix des élèves et de réduire les disparités territoriales, tout en tenant compte des spécificités locales.

