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Société

Première mondiale: une IA crée des virus qui n'existent pas dans la nature

Slate FR · mis à jour il y a 25 j

Des chercheurs ont appris à une intelligence artificielle à inventer de nouveaux virus, sans danger pour les individus. Seize de ces créations se sont révélées viables, soulevant toutefois des questions éthiques..

IA conçoit des virus

Des chercheurs américains ont utilisé une intelligence artificielle (IA) nommée Evo, inspirée des modèles comme ChatGPT, pour créer des virus qui n’existent pas dans la nature. Cette première mondiale a été publiée dans la revue Science et relayée par le New York Times en août 2026. L’IA a analysé près de 9 000 milliards de nucléotides, les unités de base de l’ADN, issus de millions de séquences génétiques provenant d’animaux, de plantes, de microbes et de virus. Contrairement aux méthodes traditionnelles de fabrication de génomes viraux, cette approche repose sur l’apprentissage automatique pour générer des structures génétiques inédites. Les chercheurs ont ensuite testé ces créations en laboratoire et confirmé que 16 d’entre elles étaient viables, c’est-à-dire capables de se reproduire dans des bactéries.

Fonctionnement du modèle Evo

Le modèle Evo fonctionne comme un agent conversationnel, mais au lieu de générer du texte, il produit des séquences génétiques. Il a été entraîné sur des données massives pour identifier les motifs communs à l’ensemble du vivant, comme les schémas de l’ADN. Les nucléotides sont les lettres de l’alphabet génétique : ils forment des chaînes qui composent les gènes et les génomes. Les chercheurs ont ciblé le virus Phi X-174, un bactériophage étudié depuis près d’un siècle, qui infecte uniquement la bactérie Escherichia coli (E. coli), sans danger pour les humains, les animaux ou les plantes. Après avoir analysé son génome composé de 11 gènes, Evo a généré 700 000 alternatives potentielles. Les scientifiques ont sélectionné celles ayant les meilleures chances de succès et ont inséré leur ADN dans des bactéries pour vérifier leur viabilité.

Applications médicales possibles

Cette innovation ouvre des perspectives majeures en biotechnologie, notamment pour le développement de nouveaux traitements ou vaccins. Les virus sont déjà utilisés comme vecteurs pour acheminer des gènes vers les cellules, une technique appelée thérapie génique. Une IA capable de concevoir des virus optimisés pourrait accélérer ce processus et rendre les traitements plus efficaces. Par exemple, des virus modifiés pourraient être utilisés pour cibler spécifiquement des cellules cancéreuses ou pour introduire des gènes sains dans des cellules défectueuses. Cependant, les chercheurs soulignent que les virus créés restent très proches de ceux existant déjà dans la nature, limitant pour l’instant leur potentiel révolutionnaire.

Risques et précautions éthiques

Cette avancée soulève des questions éthiques et sécuritaires. Si une IA peut concevoir des virus inoffensifs, pourrait-elle aussi imaginer des agents pathogènes plus dangereux ? Les auteurs de l’étude, comme Oliver Crook (chimiste à l’université d’Oxford) et Brian Hie (biologiste et coauteur), affirment avoir pris des précautions extrêmes. Ils ont volontairement exclu de l’entraînement d’Evo les virus infectant la faune ou la flore, afin d’éviter toute contamination accidentelle. Malgré ces mesures, la prudence repose aujourd’hui uniquement sur la responsabilité des chercheurs, car les modèles d’IA échappent encore largement aux cadres réglementaires. Certains États commencent toutefois à encadrer les recherches en sciences de la vie, notamment celles susceptibles de rendre des agents biologiques plus nocifs.

Ce que ça pourrait changer

Cette étude s’inscrit dans un contexte où l’IA transforme progressivement la recherche scientifique. Les outils comme Evo pourraient devenir des alliés précieux pour explorer des territoires inexplorés du vivant, mais ils nécessitent une régulation rigoureuse. Les virus créés par Evo, bien que viables, restent proches de ceux existant naturellement, ce qui limite les risques immédiats. Cependant, l’expérience montre que la frontière entre innovation et dangerosité est de plus en plus fine. Les chercheurs insistent sur la nécessité d’anticiper les dérives potentielles, tout en reconnaissant que le cadre légal actuel est insuffisant pour encadrer ces nouvelles technologies. La responsabilité individuelle des scientifiques devient donc un enjeu central dans ce domaine.

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