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Société

Mais qui donc a pu mordre ce superprédateur marin il y a 520 millions d'années? Une enquête du cambrien

Slate FR · mis à jour il y a 2 h

Un fossile exceptionnel d'Amplectobelua symbrachiata, l'un des grands prédateurs marins du Cambrien, porte la trace d'une morsure qui aurait cicatrisé de son vivant. Une découverte qui suggère que ces redoutables arthropodes pouvaient eux aussi être pris pour cible..

Un fossile exceptionnel

Un fossile daté d’environ 520 millions d’années, découvert dans la formation géologique de Yu’anshan au sud-ouest de la Chine, révèle une blessure cicatrisée sur un ancien prédateur marin. Ce spécimen, nommé Amplectobelua symbrachiata, appartient à un groupe disparu d’arthropodes appelés les radiodontes. Ces créatures, qui ressemblaient à un mélange de calmar et de homard, mesuraient jusqu’à près d’un mètre de long et étaient parmi les plus grands prédateurs de leur époque. Le fossile, remarquablement bien conservé, montre une nageoire latérale dont le bord présente une marque en forme de W, interprétée comme la trace de deux crocs ayant mordu l’animal. Une bande noire entoure cette blessure, signe possible d’un processus de cicatrisation, ce qui indique que l’animal a survécu à cette attaque. Cette découverte est d’autant plus rare que les fossiles de radiodontes sont extrêmement rares : seulement une dizaine de fragments similaires ont été retrouvés à ce jour.

Un prédateur vulnérable

L’analyse de la blessure suggère qu’elle a été infligée par un autre prédateur, probablement un radiodonte, voire un individu de la même espèce. Les chercheurs, comme Stephen Pates de l’University College London, soulignent que cette morsure cicatrisée est la première du genre observée chez un radiodonte. La composition chimique de la partie en forme de W correspond à celle du reste du fossile, ce qui renforce l’hypothèse d’une morsure plutôt que d’une autre cause, comme une mue. Cette découverte remet en question l’idée que les superprédateurs du Cambrien étaient invulnérables. Elle montre que même les plus grands chasseurs marins de l’époque pouvaient être attaqués, parfois par leurs propres congénères. D’autres cas de blessures cicatrisées ont été signalés chez des animaux du Cambrien, mais jamais chez un radiodonte, ce qui rend cette découverte unique.

Qui a infligé la morsure ?

L’identité de l’agresseur reste incertaine, mais les chercheurs privilégient l’hypothèse d’un autre radiodonte, potentiellement de la même espèce. La forme de la déchirure et sa localisation sur la nageoire correspondent à ce qu’un prédateur aurait pu infliger en tentant de capturer ou de fuir sa proie. Certains scientifiques évoquent la possibilité d’un cannibalisme, où un individu aurait attaqué un autre de son espèce. Cette hypothèse est soutenue par la composition chimique de la blessure, identique à celle du reste du fossile. Cependant, d’autres experts, comme Joe Moysiuk du musée du Manitoba, rappellent que des marques de mue peuvent parfois ressembler à des blessures. Malgré cette alternative, les chercheurs estiment que la forme de la marque et sa localisation rendent l’hypothèse de la prédation plus plausible.

Ce que ça pourrait changer

Cette découverte offre un aperçu rare des interactions entre prédateurs il y a plus de 520 millions d’années, à une époque où la vie marine était en pleine diversification. Le Cambrien, souvent appelé l’ère de l’Explosion cambrienne, a vu l’émergence de nombreuses formes de vie complexes, dont les premiers prédateurs marins. Les radiodontes, comme *Amplectobelua symbrachiata*, jouaient un rôle clé dans ces écosystèmes en tant que superprédateurs. Leur vulnérabilité occasionnelle, révélée par ce fossile, montre que la chaîne alimentaire de l’époque était dynamique et que les stratégies de survie incluaient des comportements agressifs, voire cannibales. Cette étude, publiée dans *bioRxiv*, souligne l’importance des fossiles exceptionnellement conservés pour comprendre les dynamiques écologiques anciennes.

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