Eisenkot-Nétanyahou : la bataille pour l’avenir d’Israël
L’ESSENTIEL Aux législatives israéliennes du 27 octobre prochain, chacun des deux blocs – l’opposition de gauche et du centre d’un côté, les partis pro-gouvernementaux de l’autre – espère atteindre les 61 sièges nécessaires pour gouverner. Les coalitions seront décisives : à droite comme à gauche, le scrutin dépendra des alliances.
Les élections législatives israéliennes du 27 octobre 2026 sont un scrutin crucial pour déterminer l’avenir du pays. L’enjeu principal est d’obtenir 61 sièges sur 120 à la Knesset (le Parlement israélien) pour former une majorité gouvernementale. Deux blocs s’affrontent : l’opposition de gauche et du centre, menée par Gadi Eisenkot (parti centriste Yashar), et la coalition pro-gouvernementale, dirigée par Benyamin Nétanyahou (chef du Likoud, parti de droite). Les sondages récents montrent une course serrée entre les deux blocs, avec des alliances encore incertaines. Le résultat dépendra moins des partis individuels que des coalitions possibles, car aucun groupe ne devrait atteindre seul les 61 sièges nécessaires.
Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne (2015-2019), s’est imposé comme le principal rival de Nétanyahou. Son parti, Yashar (centriste), créé en septembre 2025, a dépassé dans les sondages la liste Bennett-Lapid, qui était jusqu’alors la principale alternative à Nétanyahou. Eisenkot incarne une alternative crédible pour les électeurs cherchant une figure capable de garantir la sécurité, tout en se situant au centre de l’échiquier politique. Son passé militaire lui donne une légitimité pour critiquer la gestion de la sécurité par Nétanyahou, notamment après les attaques du 7 octobre 2023. Cependant, il devra former des alliances pour gouverner, ce qui complique sa tâche.
La formation d’une coalition est l’étape la plus critique pour gouverner en Israël. Les deux blocs, Yashar et le Likoud, devraient obtenir environ 20 sièges chacun, ce qui les oblige à s’allier avec d’autres partis pour atteindre les 61 sièges nécessaires. À droite, Nétanyahou a tenté de regrouper les petites formations, mais certaines, comme Force juive (dirigée par Itamar Ben Gvir) ou le parti Ton peuple, Israël (Ofer Winter), refusent de s’allier. À gauche, l’opposition envisage une coopération avec les partis arabes, comme Ra’am, mais cette option divise. Eisenkot reste prudent sur ce sujet, tandis que d’autres figures de l’opposition, comme Yair Golan, l’assument. L’arithmétique des coalitions sera donc décisive pour déterminer qui pourra gouverner.
Le principal sujet de la campagne est la sécurité d’Israël, après les attaques du 7 octobre 2023. Si le pays a démontré sa puissance militaire, celle-ci n’a pas encore permis d’assurer une sécurité durable. La guerre à Gaza se poursuit, les tensions avec l’Iran et le Liban persistent, et la menace des Houthis au Yémen reste présente. Le débat oppose ceux qui estiment que la force militaire doit suffire (faucons) et ceux qui pensent qu’elle doit mener à une paix durable (colombes). Nétanyahou mise sur son bilan militaire, tandis qu’Eisenkot critique l’absence de stratégie pour transformer ces succès en sécurité à long terme. Un autre point de friction est la proposition de Ben Gvir d’organiser une « émigration volontaire » des Palestiniens de Gaza, une idée qui ne fait pas consensus.
La question du service militaire divise la société israélienne. Depuis le 7 octobre 2023, de nombreux réservistes ont été rappelés sous les drapeaux, certains pendant plus d’un an, tandis que les hommes ultra-orthodoxes (haredim) bénéficient encore d’une exemption du service militaire. Cette situation est de plus en plus contestée : 70 % des réservistes interrogés en août 2026 estiment que cette exemption influencera leur vote. Le sujet traverse même la droite, avec des figures comme Ofer Winter conditionnant leur participation à une loi supprimant cette exemption. Eisenkot, dont le fils et deux neveux ont été tués au combat, aborde ce sujet avec une sensibilité particulière, soulignant l’injustice du partage du fardeau.
Près de trois ans après les attaques du 7 octobre 2023, la question des responsabilités reste un sujet brûlant. Aucune commission d’enquête n’a encore établi officiellement les causes de l’échec de la défense israélienne ce jour-là. Une polémique récente a éclaté après que Sara Nétanyahou, épouse du Premier ministre, a suggéré sans preuve que Yair Golan aurait pu connaître à l’avance l’attaque. En septembre 2026, des révélations du journal *Haaretz* ont affirmé que Mohammed ben Zayed, président des Émirats arabes unis, aurait averti Nétanyahou dix jours avant les attaques que Yahya Sinouar préparait une opération majeure. Nétanyahou dément catégoriquement avoir reçu cet avertissement. Ce débat sur les responsabilités s’ajoute à celui sur le partage du fardeau et la justice sociale, interrogeant le contrat qui unit la société israélienne aujourd’hui.

