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De la terre à l’assiette : le projet nourricier de l’École de Sutton

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 29 j

L’école a réussi le tour de force d’offrir une cantine à bas prix où les aliments frais ont une belle place..

École bilingue unique

L’École de Sutton, située dans la municipalité de Sutton en Estrie (Québec), est un établissement primaire exceptionnel à double titre. D’abord, c’est la seule école bilingue (francophone et anglophone) du Québec, où les élèves des deux communautés étudient ensemble sans séparation linguistique. Ensuite, elle se distingue par son projet alimentaire innovant, qui rapproche les enfants de l’origine de leur nourriture. Contrairement à la majorité des écoles primaires québécoises, qui ne disposent pas de cuisine, celle de Sutton possède une infrastructure dédiée, transformée en un lieu de production culinaire et pédagogique. En 2026, l’école a même inauguré une serre éducative, où les élèves cultivent eux-mêmes des légumes et des fines herbes, renforçant ainsi leur lien avec l’alimentation durable.

Problème national

Au Canada, l’insécurité alimentaire touche plus de 1,8 million d’enfants, selon les données de Santé Canada de 2022. Pourtant, le pays est le seul du G7 à ne pas disposer d’un programme alimentaire scolaire universel, c’est-à-dire accessible à tous les élèves sans exception. Au Québec, cette situation est particulièrement préoccupante : seulement 25 % des écoles primaires possèdent une cuisine, et 75 % des enfants ne consomment pas suffisamment de fruits et légumes. Face à ce constat, la communauté de Sutton a décidé d’agir localement. En 2023, l’école a rejoint le programme Cantine pour tous, un organisme à but non lucratif qui lutte contre la faim chez les jeunes en offrant des repas accessibles et nutritifs. Grâce à ce partenariat, chaque élève peut désormais dîner à l’école pour un coût minimal d’un dollar.

Mobilisation locale

Le projet de l’École de Sutton repose sur une mobilisation exceptionnelle de la communauté. Annick Boily, orthopédagogue à l’école, a été l’instigatrice du projet Racine POP, un organisme à but non lucratif créé pour transformer le service alimentaire de l’établissement. Avec l’aide de parents, d’enseignants et de bénévoles, elle a permis de passer de 25 à 155 élèves prenant leurs repas à la cantine quotidienne. Le succès du projet s’explique par un financement mixte : des dons d’épiceries locales, des partenariats avec des fermes régionales et un soutien du programme Cantine pour tous. Naima, mère d’élève et coordonnatrice de Racine POP, souligne que cette collaboration a permis d’offrir des repas de haute qualité, tout en créant des emplois locaux pour les cuisinières. L’impact est double : nourrir les enfants et soutenir l’économie locale.

Serre éducative

L’un des volets les plus innovants du projet est la serre de l’école, inaugurée à l’hiver 2026. Ce laboratoire agroalimentaire permet aux élèves, de la première à la sixième année, de suivre le cycle complet de la production alimentaire : semer, entretenir, récolter et consommer. Les enfants arrosent les plants avec de l’eau de pluie récupérée, apprennent le système de géothermie et récoltent des légumes comme de la laitue ou du chou frisé pour les repas du jour. Sébastien Desaulniers, coordonnateur de la Coalition pour une saine alimentation scolaire, souligne que cette initiative va au-delà de la simple nutrition : elle éduque les enfants à l’agriculture durable et à l’autonomie alimentaire. Bien que coûteuse à construire et à entretenir, la serre sert de modèle pour d’autres écoles, prouvant qu’une approche simple, comme des étagères à semis, peut aussi être efficace.

Impact social

Au-delà de l’aspect nutritionnel, le projet de l’École de Sutton soulage les familles, notamment celles en situation de précarité. Le coût d’un dollar par repas rend le service accessible, même pour les familles nombreuses, réduisant ainsi la charge mentale des parents. Marie-Ève, une cuisinière de l’école, témoigne de l’enthousiasme des enfants lorsqu’ils dégustent des salades fraîchement cueillies. La serre est aussi devenue un espace thérapeutique pour certains élèves, offrant un havre de paix où ils peuvent se recentrer. Annick Boily, à l’origine du projet, espère que cette initiative inspirera d’autres écoles. Elle souligne que le modèle repose sur une communauté soudée et des bénévoles, mais aussi sur des partenariats avec des organismes comme AgrÉcoles, qui accompagne les établissements dans la mise en place de projets agroalimentaires.

Ce que ça pourrait changer

L’exemple de Sutton met en lumière un enjeu majeur au Québec : le manque d’infrastructures pour l’alimentation scolaire. Seules 25 % des écoles primaires québécoises disposent d’une cuisine, et le financement public actuel est insuffisant pour améliorer ces installations. Sébastien Desaulniers Turgeon, coordonnateur du *Collectif québécois pour une saine alimentation scolaire*, explique que les fonds fédéraux annoncés en 2024 (un milliard de dollars sur cinq ans) pourraient changer la donne, mais leur utilisation reste fragmentée. Contrairement au Manitoba, qui a lancé un programme universel dès 2025, le Québec peine à adopter une approche systémique. Le financement actuel dépend souvent de mesures comme la *mesure 15012*, qui cible les écoles défavorisées, ou de partenariats avec des OBNL comme *La Cantine pour tous*. Sans un pivot dans la politique provinciale, des initiatives comme celle de Sutton restent des exceptions.

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