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Culture

En Uruguay, des techno-libertariens construisent une ville pour une nouvelle civilisation numérique

France Culture - Savoirs · mis à jour 3 oct.

Leur communauté, baptisée "Praxis", regroupe des entrepreneurs et des investisseurs américains liés à l'IA et aux cryptomonnaies. Des adeptes d'utopies technologiques qui veulent aussi exister dans le monde réel.

Praxis, une communauté techno-libertarienne

Praxis est une communauté internationale regroupant des entrepreneurs et investisseurs américains spécialisés dans l'intelligence artificielle (IA) et les cryptomonnaies. Ses membres, au nombre de 150 000 dans 80 pays, partagent une vision libertarienne prônant une société affranchie de l'État. Leur objectif est de créer une nouvelle civilisation numérique, combinant valeurs technologiques et idéaux politiques. Praxis s'appuie sur des figures emblématiques comme Peter Thiel, cofondateur de PayPal, ou Sam Altman, patron d'OpenAI. Le projet vise à construire une ville en Uruguay, prévue pour 2027, où ces principes pourraient s'incarner dans un territoire physique.

Choix de l'Uruguay pour le projet

Les dirigeants de Praxis ont sélectionné l'Uruguay comme lieu d'implantation de leur ville pour plusieurs raisons. Ce pays est politiquement stable, exempt de conflits majeurs, et offre des avantages fiscaux attractifs. Il facilite également l'accès à la résidence et à la citoyenneté pour les investisseurs étrangers. Praxis prévoit d'acquérir 350 000 mètres carrés dans la zone de Colonia, une future «ville intelligente» située à une heure de ferry de Buenos Aires. Ce site, porté par l'entrepreneur Eduardo Bastitta, vise à devenir une sorte de «Silicon Valley» latino-américaine. Les premiers appartements devraient être livrés dans les prochains mois pour accueillir les membres de Praxis.

Vision idéologique et critiques

Praxis défend une idéologie libertarienne radicale, où le capital, la technologie et le pouvoir politique sont étroitement liés. Ses membres rejettent les structures étatiques traditionnelles et prônent une gouvernance privée, voire une souveraineté marchande. Certains de leurs discours valorisent l'héroïsme et la puissance masculine, s'inspirant de l'esthétique classique grecque et romaine, ce qui a valu au mouvement des accusations de proximité avec l'extrême droite ou de techno-fascisme. Dryden Brown, PDG de Praxis, décrit le projet comme une réponse aux mutations technologiques, notamment l'arrivée de l'IA générale, qui pourrait rendre obsolètes de nombreux emplois. Il évoque une société post-démocratique, où une élite talentueuse serait sélectionnée pour vivre dans cette ville.

Financement et attractivité du projet

Praxis a levé des fonds importants pour concrétiser son projet. En 2024, la société Gem Digital, spécialisée dans les cryptomonnaies, lui a accordé une ligne de crédit de 500 millions de dollars. Le mouvement attire des volontaires, avec plus de 2 500 personnes déjà engagées. Dryden Brown, ancien surfeur professionnel devenu entrepreneur, présente le projet comme une opportunité pour des individus talentueux de se rassembler dans un environnement stimulant. Bien que les discours initiaux aient pu être perçus comme radicaux, Brown a récemment évoqué des aspects plus accessibles, comme des espaces dédiés au yoga ou à l'art, pour rendre la ville attractive.

Contexte historique des utopies libertariennes

Le projet de Praxis s'inscrit dans une lignée d'utopies libertariennes visant à créer des territoires autonomes, libérés des réglementations étatiques. Dans les années 2000, le seasteading proposait des communautés autonomes sur la mer, mais cette idée s'est heurtée à des difficultés pratiques. Plus tard, les charter cities sont apparues : des villes bénéficiant d'une large autonomie réglementaire et fiscale pour attirer capitaux et habitants. Un exemple emblématique est Próspera au Honduras, mais son cadre juridique a été contesté en 2024 par la Cour suprême. Plus récemment, les network states, popularisés par Balaji Srinivasan, prônent une approche inverse : une communauté numérique se constitue d'abord en ligne, avant de construire un territoire physique.

Ce que ça pourrait changer

Praxis se distingue d'autres projets urbains futuristes comme NEOM en Arabie saoudite. NEOM est un projet étatique visant à créer une ville technologique selon des règles conçues pour elle, mais son objectif n'est pas de privatiser la souveraineté. À l'inverse, Praxis ambitionne de devenir une entité aussi puissante qu'un État, avec une gouvernance privée où le pouvoir politique serait lié au capital et à la technologie. Dryden Brown évoque même la possibilité de créer un «nouveau pays» reconnu par l'ONU à long terme. Pour l'instant, le projet reste avant tout idéologique et entrepreneurial, sans reconnaissance internationale.

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