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Environnement

« Un coupe-feu naturel » : avec leurs brebis, ils et elles freinent les incendies

Reporterre · mis à jour il y a 19 j

Dans les monts d'Arrée, incendiés en 2022, on fait pâturer les animaux et on fauche l'herbe pour offrir moins de carburant aux éventuels feux. De quoi transformer ces vieilles pratiques paysannes en outils d'adaptation au changement climatique.

Incendies en hausse

Les incendies de forêt représentent un risque croissant en France, notamment en raison du réchauffement climatique qui augmente les températures et réduit les précipitations. Selon les données disponibles, la durée de la saison des feux s’allonge chaque année, passant de 4 mois dans les années 1980 à 6 mois aujourd’hui. Les régions les plus touchées sont celles du sud-est, où les conditions climatiques favorisent la propagation des incendies. Les feux de forêt détruisent en moyenne 15 000 hectares par an, un chiffre qui peut varier fortement selon les années. Face à cette menace, les méthodes traditionnelles de lutte, comme l’utilisation d’avions Canadair, montrent leurs limites, car elles ne traitent que les symptômes et non les causes du problème.

Pâturage contre feux

Pour limiter la propagation des incendies, une solution naturelle consiste à utiliser le pâturage par des animaux comme les brebis ou les chèvres. Ces animaux broutent les herbes sèches et les broussailles, réduisant ainsi la quantité de végétation inflammable au sol. Cette méthode, appelée pâturage pastoral, est pratiquée depuis des siècles dans des régions comme la Provence ou les Cévennes. Elle permet de créer des coupe-feu naturels, des zones où la végétation est moins dense et où le feu a du mal à se propager. Les éleveurs locaux, souvent soutenus par des associations ou des collectivités, jouent un rôle clé dans cette approche. Par exemple, dans le Var, un projet a permis de réduire de 30 % la surface brûlée en quelques années.

Fauche mécanique alternative

En complément du pâturage, la fauche mécanique est une autre méthode pour réduire les risques d’incendie. Elle consiste à couper manuellement ou avec des machines les herbes et les broussailles, afin de limiter la propagation des flammes. Cette technique est souvent utilisée dans les zones où le pâturage n’est pas possible, comme les zones urbaines ou les parcs naturels protégés. La fauche permet de créer des bandes débroussaillées, des espaces où la végétation est régulièrement entretenue pour empêcher les feux de prendre de l’ampleur. Dans certaines communes, des contrats sont passés avec des entreprises spécialisées pour réaliser ces travaux, avec un coût estimé entre 500 € et 1 500 € par hectare selon la densité de la végétation.

Acteurs et financements

Plusieurs acteurs interviennent pour mettre en place ces solutions préventives. Les collectivités locales, comme les départements ou les régions, financent souvent une partie des projets via des subventions ou des appels à projets. Les associations environnementales, telles que Fermes d’Avenir ou Terre de Liens, accompagnent les éleveurs dans la mise en place de pâturages pastoraux. Les agriculteurs et les éleveurs, quant à eux, bénéficient parfois d’aides pour l’achat de clôtures ou la gestion des troupeaux. Par exemple, dans les Alpes-de-Haute-Provence, un programme a permis de financer 200 hectares de pâturage pastoral grâce à un budget de 120 000 €. Ces initiatives montrent une volonté de combiner préservation de l’environnement et gestion des risques.

Ce que ça pourrait changer

Au-delà de la prévention des incendies, ces méthodes présentent des bénéfices écologiques. Le pâturage et la fauche favorisent la biodiversité en maintenant des milieux ouverts, essentiels pour de nombreuses espèces animales et végétales. Ils permettent également de lutter contre l’enfrichement, un phénomène où les terres agricoles ou pastorales se transforment en friches, réduisant ainsi la capacité des sols à retenir l’eau. De plus, ces pratiques réduisent le besoin d’utiliser des produits chimiques pour entretenir les espaces naturels. Enfin, elles contribuent à la lutte contre le changement climatique en limitant les émissions de CO₂ liées aux incendies de forêt, qui libèrent d’importantes quantités de gaz à effet de serre.

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