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Géopolitique

La Turquie célèbre les dix ans du coup d’État raté : un triomphe pour Erdogan

Courrier International · mis à jour il y a 22 j

Le 15 juillet 2016, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, résistait à une tentative de coup d’État. Loin d’ébranler le leader islamo-nationaliste, l’événement a surtout été une occasion pour lui de renforcer son pouvoir et de lancer une vague de répression dans tous les secteurs de la société.

Coup d’État raté

Le 15 juillet 2016, une tentative de coup d’État a eu lieu en Turquie, menée par des militaires putschistes. Cet événement a échoué grâce à l’intervention de la population et des forces loyalistes, selon les autorités turques. Le président Recep Tayyip Erdogan a appelé les citoyens à descendre dans la rue pour s’opposer aux putschistes, ce qui a permis de rétablir l’ordre. Le quotidien Yeni Safak, proche du pouvoir, évoque 253 morts parmi les opposants au coup d’État, présentés comme des martyrs par le gouvernement. Cet épisode reste marqué par des zones d’ombre, notamment sur l’implication exacte de certains acteurs ou services étrangers, bien que l’implication de Fethullah Gülen, un ancien allié d’Erdogan devenu son ennemi, soit reconnue. Gülen, leader religieux en exil aux États-Unis, est décédé en 2024 sans que son rôle précis ne soit totalement éclairci.

Répression post-coup

La tentative de coup d’État a servi de prétexte à une vaste campagne de répression en Turquie. Selon les chiffres officiels, 160 000 fonctionnaires ont été limogés ou suspendus, et plus de 700 000 personnes ont été inquiétées par la justice. Ces purges ont touché l’armée, l’administration, la justice, les médias, le secteur associatif et la société civile. Une nouvelle vague d’arrestations a eu lieu les 14 et 15 juillet 2026, avec 704 personnes placées en garde à vue, dont 80 policiers. Le gouvernement accuse les partisans de Gülen, appelés gülénistes, d’être à l’origine du putsch. Ces purges ont aussi visé l’opposition, notamment la gauche et la minorité kurde, accusées de menacer la stabilité du pays. Le pouvoir turc justifie ces mesures par la nécessité de protéger la démocratie et l’unité nationale.

Turquie puissance mondiale

Dix ans après le coup d’État raté, le gouvernement turc présente cet événement comme un tournant ayant permis à la Turquie de devenir une puissance mondiale. Le président Erdogan affirme dans une tribune que la Turquie est désormais plus forte, plus unie et plus décidée que jamais. Le quotidien Yeni Safak souligne que le pays a enregistré des victoires historiques en Syrie, en Libye, en Méditerranée et au Haut-Karabakh depuis 2016. Le journal attribue cet essor à la défaite des putschistes, qu’il présente comme soutenus par les services secrets occidentaux dans le but d’affaiblir la Turquie, en référence au démantèlement de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale. Cette rhétorique sert à renforcer la légitimité du pouvoir en place et à mobiliser la population autour d’un récit nationaliste.

Ce que ça pourrait changer

Le quotidien *Yeni Safak*, proche du pouvoir, joue un rôle clé dans la diffusion du récit officiel sur le coup d’État. À l’occasion des dix ans de l’événement, le journal publie une une mettant en avant la victoire contre les putschistes et la libération de la Turquie. Le titre proclame : *Nous avons défait les putschistes, nous nous sommes libérés de nos chaînes !*, reflétant la narration d’une Turquie affranchie de ses ennemis intérieurs et extérieurs. Le journal relaie également les déclarations d’Erdogan, qui présente le coup d’État comme une tentative de renversement de son gouvernement. Les médias turcs, majoritairement contrôlés par des proches du pouvoir, amplifient ce discours, tandis que l’opposition et les voix critiques sont marginalisées ou réprimées.

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