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Philosophie

Le droit d’auteur ne sauvera pas les artistes

Multitudes · mis à jour il y a 13 j

Petite histoire des infrastructures de base L’ambiance était plutôt tendue lors d’une récente rencontre avec des dessinateurs de BD belges1. Midjourney – le générateur d’images basé sur l’intelligence artificielle, devenu désormais une référence dans le secteur – a été entraîné sur le travail de ces artistes, sur des planches qui ont nécessité des années d’étude, des styles mûris … Continuer la lecture de Le droit d’auteur ne sauvera pas les artistes →.

Crise des artistes face à l'IA

Les artistes, notamment les dessinateurs de bande dessinée belges, sont confrontés à une crise liée à l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) dans la création artistique. Des outils comme Midjourney, entraînés sur leurs œuvres sans leur consentement, produisent des images similaires en quelques secondes, menaçant leur travail. Les solutions envisagées, comme des boycotts ou des licences payantes, restent limitées et ne remettent pas en cause le contrôle privé de l'IA. Les sociétés de gestion des droits d'auteur, comme la SCAM et la SACD en Belgique, imposent désormais des exigences de transparence, mais ces mesures sont perçues comme insuffisantes par les artistes.

IA : infrastructure cognitive

L'IA est devenue une infrastructure cognitive essentielle pour la société contemporaine, au même titre que l'électricité au XXe siècle. Elle est contrôlée par des acteurs privés qui en tirent profit sans redistribuer équitablement la valeur créée. Les investissements publics, comme les financements de la recherche ou les incitations fiscales, soutiennent indirectement son développement. Des juristes évoquent les droits algorithmiques, soulignant que l'accès à ces outils est devenu une condition pour participer pleinement à la vie démocratique et économique. Par exemple, les algorithmes filtrent les candidatures d'emploi ou déterminent l'accès au crédit, excluant ceux qui n'y ont pas accès.

Extraction universelle des données

L'IA se nourrit des données produites par l'ensemble de la société : recherches en ligne, habitudes d'achat, déplacements, conversations ou données médicales. Ces données, souvent collectées sans compensation, servent à entraîner des modèles d'IA appartenant à des entreprises privées. Par exemple, un parent dont les recherches sur le développement infantile alimentent des assistants parentaux basés sur l'IA ne reçoit rien en échange. De même, une personne âgée dont les questions médicales aident à créer des outils de diagnostic ne touche aucune rémunération. Cette extraction universelle de données crée une valeur économique massive, mais celle-ci est captée par une minorité.

Dividendes de l'IA : revenu universel

Pour redistribuer équitablement la valeur créée par l'IA, l'auteur propose un système de dividendes de l'IA, inspiré des dividendes pétroliers de l'Alaska. Chaque citoyen percevrait une part des bénéfices générés par l'exploitation de son patrimoine numérique commun. Ce revenu universel reconnaîtrait que les capacités de l'IA proviennent du savoir accumulé de l'humanité, et non uniquement de l'ingéniosité des entreprises. Par exemple, les données de navigation des conducteurs ou les codes informatiques des programmeurs contribuent à la valeur des outils d'IA, mais leurs producteurs n'en tirent aucun bénéfice direct.

Échec des sociétés de droits d'auteur

Les sociétés de gestion des droits d'auteur, comme la SCAM ou la SACD, défendent les intérêts des artistes et créateurs, mais leur approche est jugée insuffisante face à l'IA. Elles restent ancrées dans une logique corporatiste du XIXe siècle, cherchant à négocier des redevances pour leurs membres sans remettre en cause l'extraction universelle des données. Leur modèle, basé sur des identités professionnelles rigides, est inadapté à une économie où les frontières entre métiers s'estompent. Par exemple, les dividendes de l'IA devraient bénéficier à tous les contributeurs, y compris ceux dont l'existence numérique a alimenté les modèles, et non seulement aux artistes enregistrés.

Artistes : premiers touchés

Les artistes sont souvent les premiers à subir les transformations économiques liées à l'IA, comme ils l'ont été pour d'autres révolutions technologiques. Leur précarité actuelle est un signal d'alarme pour l'ensemble des travailleurs, car les mêmes mécanismes d'extraction universelle les toucheront demain. Cependant, les artistes interprètent cette crise comme un problème professionnel, cherchant des solutions dans le droit d'auteur plutôt que dans une transformation politique plus large. Par exemple, la lutte pour des redevances sur les œuvres générées par IA ne résout pas le problème systémique de l'extraction des données personnelles.

Solution : infrastructure publique

Pour résoudre la crise, l'auteur propose de reconnaître l'IA comme une infrastructure publique, au même titre que l'électricité ou l'eau. Cela nécessiterait une transformation politique majeure, similaire à celle qui a permis de passer de monopoles privés à des services publics au XXe siècle. Par exemple, l'électricité, autrefois contrôlée par des entreprises privées, est aujourd'hui considérée comme un bien commun essentiel. L'IA, en tant qu'infrastructure cognitive du XXIe siècle, devrait être gérée de manière collective pour garantir un accès équitable et une redistribution juste de ses bénéfices.

Ce que ça pourrait changer

Les travailleurs cognitifs, dont font partie les artistes, les écrivains et les programmeurs, ont une responsabilité historique : mener une coalition pour revendiquer le contrôle public de l'IA. Leur position en première ligne face à l'IA leur offre une opportunité unique de transformer cette infrastructure en un bien commun. Cependant, au lieu de s'unir pour une solution collective, ils se concentrent sur des intérêts corporatistes, comme les redevances ou les licences. Par exemple, les artistes pourraient former une alliance avec les programmeurs et les travailleurs des plateformes pour exiger une gouvernance publique de l'IA, plutôt que de se battre pour des miettes dans un système extractif.

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