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La solidarité internationale : la fin d'un modèle ? 1/4 : L'aide humanitaire sans les États-Unis

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 9 j

Le 20 janvier 2025, Donald Trump annonce le démantèlement de l'USAID, premier bailleur mondial de l'aide internationale. Pour les humanitaires, le choc est immense.

Annonce choc de Trump

Le 20 janvier 2025, Donald Trump annonce le démantèlement progressif de l'USAID, l'agence américaine pour le développement international. Créée en 1961 sous la présidence de John F. Kennedy, cette agence était le premier bailleur mondial d'aide internationale, financant près de 40 % des programmes humanitaires dans le monde. Son retrait brutal est comparé à un « 11 septembre » pour le secteur, provoquant une onde de choc parmi les ONG, les agences des Nations unies et les organisations internationales. Les premiers effets se font sentir immédiatement : certains programmes doivent être suspendus, réduits ou abandonnés faute de financements. Cette décision marque un tournant historique, remettant en cause un système de solidarité internationale construit depuis plus de soixante ans, où les États-Unis jouaient un rôle central.

Réactions des humanitaires

Les réactions des acteurs humanitaires sont marquées par la sidération, puis par une prise de conscience brutale des conséquences. Véronique de Geoffroy, directrice du groupe URD, évoque une stupeur totale : « On s'est retrouvés estomaqués, on n'y a pas cru ». Kevin Goldberg, de Solidarités International, décrit une première réaction de désespoir : « On comprenait qu'il allait peut-être falloir tout arrêter ». Thomas Deherman-Roy, représentant d'ECHO au Sénégal, compare l'événement à « une bombe tombée sur la planète humanitaire », soulignant que « la poussière n'est pas encore retombée ». Rony Brauman, cofondateur de Médecins Sans Frontières, critique la dépendance excessive du système à un seul acteur : « C'était malsain que les États-Unis aient entre leurs mains plus de 40 % de l'aide mondiale ». Vincent Pradier, chercheur en politiques humanitaires, nuance cette rupture en la présentant comme un révélateur de fragilités préexistantes : « Ce moment est moins une rupture qu'un révélateur. Les secousses existaient déjà. »

Nouvel équilibre à trouver

Malgré le choc initial, certains acteurs humanitaires voient dans ce retrait américain l'opportunité d'un rééquilibrage du système. L'idée d'un modèle plus décentralisé, fondé sur les acteurs locaux et les coopérations régionales, émerge comme une piste pour compenser le retrait des États-Unis. Adeline Benita, du Forum des ONG en Afrique de l'Ouest, exprime à la fois ses inquiétudes et sa détermination : « C’est de plus en plus difficile de rester optimistes sur la capacité d’être encore soutenus au niveau international par les gens qui ont en eux cette responsabilité d’humanité ! Malgré tout, on est là, on est engagés et on va continuer à se battre comme on peut. » Cette crise pourrait ainsi accélérer une transformation du secteur, où les responsabilités seraient mieux réparties entre les acteurs locaux, les organisations régionales et les bailleurs traditionnels. Le défi reste immense, mais l'engagement des acteurs sur le terrain semble intact.

Rôle des acteurs clés

Plusieurs acteurs jouent un rôle central dans cette crise. L'USAID, agence américaine pour le développement international, était jusqu'alors le principal financeur de l'aide humanitaire mondiale, avec près de 40 % des fonds. ECHO, le service de la Commission européenne chargé de l'aide humanitaire, représente un autre bailleur majeur, notamment en Afrique. Des ONG comme Médecins Sans Frontières, Solidarités International, Solthis ou le groupe URD interviennent directement sur le terrain pour mettre en œuvre les programmes. Le HCR (Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) et le FONGA (Forum des ONG d'Afrique de l'Ouest et centrale) coordonnent les actions locales et régionales. Ces acteurs soulignent l'ampleur du défi : sans l'USAID, certains programmes risquent de s'arrêter, mais leur engagement persiste malgré les difficultés.

Ce que ça pourrait changer

Cette crise marque un basculement dans l'histoire de l'action humanitaire contemporaine. Plus qu'une simple suppression d'une agence, elle révèle les fragilités d'un système devenu trop dépendant d'un seul acteur. Les témoignages des humanitaires montrent que la solidarité internationale n'est pas morte, mais qu'elle doit désormais s'adapter à un nouveau contexte. Les acteurs locaux et les coopérations régionales pourraient prendre une place plus importante, tandis que les bailleurs traditionnels, comme l'Union européenne, devront peut-être augmenter leurs contributions. Thomas Deherman-Roy résume cette transition : « C'est comme une bombe tombée sur la planète humanitaire. La poussière n'est pas encore retombée. » Ce moment historique pourrait ainsi être le début d'une recomposition profonde du secteur, où la solidarité se réinvente pour répondre aux défis de demain.

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